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1 févr.. 2007

Le capital-risque étranger afflue en Suède

par : Charlotte Celsing, journaliste indépendante
La Suède est actuellement une des premières destinations d’Europe pour les investisseurs étrangers. Le haut niveau d’éducation de la population et l’esprit international des entreprises suédoises sont considérés comme ses principaux atouts.

Un haut niveau d’éducation est une des clés du succès de la Suède.
Un haut niveau d’éducation est une des clés du succès de la Suède. Photo : Hans Bjurling / www.imagebank.sweden.se

L’an dernier, les entreprises suédoises ont attiré 1,07 milliards de dollars US sous forme de capital de démarrage et de croissance, selon l’Association européenne du capital-investissement et du capital-risque (EVCA). Les investisseurs de partout dans le monde, en particulier des États-Unis, d’Europe et des autres pays nordiques, sont attirés des taux de rendement annuels élevés, qui se sont maintenus constamment au voisinage de 20 pour cent ces dix dernières années. À titre de comparaison, le taux moyen est d’environ 12 pour cent en Europe et aux États-Unis.

Les pays nordiques sont peut-être connus surtout pour leurs entreprises novatrices et florissantes dans les secteurs de l’information et des communications. Mais les biotechnologies restent au premier rang pour le nombre d’investissements comme pour le montant du capital investi. Les investissements dans les sciences de la vie sont montés en flèche l’année dernière.

Une rentabilité forte et stable
Mais pourquoi tant de capitaux étrangers viennent-ils s’investir en Suède ? Jan Segerfeldt, directeur de la communication à l’Association suédoise de capital-investissement et de capital-risque (SVCA), explique :
« D’année en année, le capital-investissement suédois a généré des profits stables et très élevés, ce qui plaît évidemment aux investisseurs étrangers. Soixante-dix pour cent des fonds des sociétés suédoises de capital-risque viennent de l’étranger. Les investisseurs sont sensibles aussi au niveau élevé de la technologie, de la recherche, de l’éducation et de la formation en Suède. »

Jan Segerfeldt, directeur de la communication de SVCA, pense que l’esprit international qui est de tradition en Suède plaît aux investisseurs étrangers.
Jan Segerfeldt, directeur de la communication de SVCA, pense que l’esprit international qui est de tradition en Suède plaît aux investisseurs étrangers. Photo : SVCA

Mais toute médaille a son revers. En Suède, note Jan Segerfeldt, il s’agit avant tout de l’entrepreneuriat.

« Notre pays est dominé par un important secteur public et beaucoup de grandes entreprises, de sorte qu’il n’y a pas assez de modèles pour les petits entrepreneurs », dit-il. « Le nouveau gouvernement a dit qu’il avait conscience du potentiel d’amélioration qui existe dans ce domaine et qu’il a l’intention de s’y atteler. On peut donc espérer que les choses vont changer. »

Jan Segerfeldt note pourtant que des géants comme Ericsson et ABB ont été un bon terrain d’entraînement pour les petites entreprises. D’ailleurs, dans un pays qui a une population relativement limitée, les entreprises sont obligées de penser très tôt en termes d’exportation et de diversification.

Les sciences de la vie, un secteur d’excellence
Ylva Williams, (d’Invest Sweden), pense qu’il faut reconnaître aussi ce que nous devons aux grands laboratoires pharmaceutiques fondés il y a un siècle ou plus, par exemple Astra (aujourd’hui AstraZeneca) et Pharmacia (aujourd’hui Pfizer) :

« La Suède a une longue tradition dans le domaine des sciences de la vie », dit-elle, « ce qui nous a donné une bonne expérience de la gestion des entreprises pharmaceutiques. Nos entreprises sont présentes à tous les stades de la chaîne de valeur – innovation, développement, formulation, essais cliniques et production. »

La Suède a une bonne renommée dans le domaine des sciences de la vie.
La Suède a une bonne renommée dans le domaine des sciences de la vie. Photo : Hans Bjurling / www.imagebank.sweden.se

Maturité accrue des technologies de l’information
Rebtel est une des entreprises suédoises qui ont reçu d’importants apports d’investisseurs de la Silicon Valley californienne. Rebtel propose des services de téléphonie mobile gratuite – un secteur chaud dans les milieux américains du capital-risque. Hjalmar Winbladh, son directeur général, estime que la Suède a dans l’ensemble des entrepreneurs de qualité, innovants et très expérimentés dans les secteurs de l’internet et des télécommunications.

Mais n’y a-t-il pas de risque de voir une nouvelle bulle informatique du genre de celle d’il y a cinq–six ans ? Hjalmar Winbladh ne le pense pas.

« Les capital-risqueurs comme les entrepreneurs sont maintenant plus avisés », affirme-t-il, « en particulier ceux qui étaient de la partie la dernière fois et qui ont refait surface. » Jan Segerfeldt est du même avis. « La prise de risque est aujourd’hui calculée, intelligente », dit-il. « La branche a acquis beaucoup de maturité ces dernières années et n’opère plus de la même façon. »

Les sciences de la vie et les technologies de l’information ont actuellement la vedette. Mais quels seront les prochains secteurs en vue?

L’émergence des technologies vertes
Dans les enquêtes effectuées par la SVCA sur la perception de l’avenir, les écotechnologies – les technologies vertes – se classent parmi les trois branches les plus prometteuses.

Les technologies de l’environnement sont un secteur chaud pour le capital-risque. La société suédoise Envac produit des systèmes de collecte des déchets propres et économes en énergie.
Les technologies de l’environnement sont un secteur chaud pour le capital-risque. La société suédoise Envac produit des systèmes de collecte des déchets propres et économes en énergie. Illustration : Envac

L’Américain Andre Heinz, qui a récemment fondé la société suédoise Sustainable Technology Partners, est parmi les capital-risqueurs qui misent sur les écotechnologies suédoises. À ses yeux, l’attitude et les stratégies des pouvoirs publics et des entreprises de Suède sont parmi les plus progressistes du monde dans ce secteur particulier.

« Nous voyons que la Suède est en pointe dans un bon nombre d’écotechnologies, comme les pompes géothermiques, le chauffage urbain et la climatisation urbaine, le rendement énergétique, les biocombustibles, les technologies de recyclage et d’épuration », dit-il.

Il ajoute qu’une grande partie des entreprises d’écotechnologies qu’il étudie en ce moment ont dépassé le stade de l’amorçage et du démarrage, et se développent à vive allure. « Ces entreprises travaillent avec des technologies de pointe, mais elles sont portées par l’énorme croissance en cours dans leurs secteurs respectifs – les taux sont de l’ordre de 25 à 50 pour cent par an. »

Success story
Reste à savoir pourquoi l’investissement progresse à un tel rythme en Suède. La forte croissance économique dans le reste du monde y contribue certes, mais Danny Rimer, associé gérant d’Index Ventures (qui a également soutenu Skype), a peut-être donné la réponse dans une interview à Business Week :

« La Scandinavie a généré des entrepreneurs de classe mondiale qui ont à leur tour créé des services de classe mondiale. C’est un phénomène qui s’est amplifié ces dernières années. Le succès va au succès. »

Faits et chiffres

  • Les sociétés de capital-investissement sont apparues en Suède il y a plus de trente ans.
  • Sur six introductions à la bourse suédoise de 2000 à 2005, dix étaient financées par des sociétés de capital investissement.
  • Le marché suédois du capital-investissement équivaut à plus d’un pour cent du produit intérieur brut (PIB) du pays, ce qui le place au deuxième rang européen.
  • Les entreprises suédoises financées par ces capitaux totalisent un chiffre d’affaires de quelque 170 milliards de couronnes suédoises (SEK), soit 24 milliards d’USD / 18,5 milliards d’EUR).
  • Environ 70 % des fonds des sociétés suédoises de capital-investissement proviennent d’investisseurs étrangers.
  • Les fonds de pension sont le premier pourvoyeur de capital investissement, avec environ 30 % des capitaux.

Glossaire
Capital investissement = Investissements dans des sociétés non cotées ayant des actionnaires actifs.
Capital-risque = Capital investi aux stades de l’amorçage, du démarrage ou de l’expansion dans des sociétés innovantes à fort potentiel de croissance.
Capital transmission = Investissements dans des sociétés matures, généralement dotées d’une forte trésorerie.
Sciences de la vie = terme collectif désignant les biotechnologies, les technologies médicales et l’industrie pharmaceutique.

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Charlotte Celsing est une journaliste indépendante qui préfère ne pas prendre de risques avec son très modeste capital. Mais en écologiste convaincue, elle est à fond pour les technologies vertes.

Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.

Traduction : Lydie Rousseau

Classification : A177FR

© Photos 1 et 3 : Hans Bjurling / www.imagebank.sweden.se
© Photo 2 : SVCA
© Illustration : Envac


 

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