Les gens d’affaires suédois aiment à se voir comme des gens ordinaires, « comme tout le monde », lagom. Ils ne se rendent pas toujours compte que leurs partenaires internationaux peuvent être d’un autre avis. Colin Moon, expert en communication, les trouve drôles et même, par moments, franchement bizarres.

Expert en communication, Colin Moon connaît les Suédois mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes.
Leur culture des réunions, par exemple. En Suède, la vie des affaires est truffée de réunions. Une quantité extraordinaire de réunions. Quand les Suédois disent
« Mötet gick bra » (la réunion s’est bien passée), qu’est-ce qu’ils entendent exactement par là ? Que le débat a été vif ? Que la réunion s’est éternisée ? Qu’on a pris une foule de décisions ? Je ne crois pas.
Certains pensent que le seul but d’une réunion est de produire des décisions. Les Suédois, eux, tiennent des réunions pour éclaircir si oui ou non ils sont là pour décider quand aura lieu la réunion où ils discuteront de ce qui s’est passé au cours de leur réunion.
À la recherche du consensus
Les réunions suédoises sont courtes mais nombreuses. Elles sont organisées pour donner à Bengan, Maggan et Lasse l’occasion d’exprimer leur point de vue. Pour parvenir à une décision, il faudra organiser une autre réunion parce qu’entre-temps Bengan, Maggan et Lasse doivent retourner à leur bureau pour demander à Ninni, Kicki et Titti (mais oui, il y a des filles qui s’appellent comme ça) ce qu’elles en pensent.
En suédois, c’est ce qu’on appelle un « processus d’ancrage » — la recherche d’un consensus. Quand les Suédois parlent de processus, il vaut mieux ne pas être pressé. Il y a un processus pour tout. Celui-là consiste à mettre tout le monde au courant de tout.
Chacun donne son avis et tous écoutent. Ensuite, on cherche un compromis. Le terme de compromis est une douce musique aux oreilles suédoises. Tout le monde obtient quelque chose. Ni trop ni trop peu ‒ lagom. Pas de gagnant, pas de perdant. On peut s’entendre pour ne pas s’entendre, mais on se mettra d’accord sur la date et l’heure exacte de la prochaine réunion.
L’heure de la décision
Les Suédois disent rarement oui ou non. Au lieu de ja ou nej, ils disent nja, ce qui équivaut à « peut-être bien que oui, peut-être bien que non ». Parce que dire oui ou non peut conduire à une confrontation. Ils remplacent donc ces mots par « Ça dépend », « Peut-être » ou « Je vais voir ce que je peux faire ».
Les étrangers peuvent s’échauffer, s’irriter ou même se mettre en colère. Dans le monde des affaires suédois, de tels comportements sont jugés hystériques. L’hystérie est anormale et dérangeante et il faut autant que possible l’éviter pendant les heures de bureau.
Vous vous demandez peut-être comment ils peuvent en arriver à une décision. Les gens d’affaires eux-mêmes parlent parfois d’« impuissance décisionnelle » pour évoquer cette difficulté de passer à l’acte.
Quelqu’un a dit un jour que les Suédois, s’ils renonçaient à leurs pauses-café — fika — pourraient prendre leur retraite cinq ans plus tôt. Le café est un élément obligé de toute réunion, que ce soit en libre-service au fil des discussions ou pendant une pause séparée. Il ne faut pas confondre la pause-café avec les interruptions plus courtes, et plus fréquentes, pour « se dégourdir les
jambes » (ou les os, puisque le terme suédois de ben désigne les deux).
L’équilibre travail-famille
La plupart des Suédois tiennent à trouver un bon équilibre entre leur vie privée et professionnelle. Ils vous diront sans doute qu’ils travaillent dur, mais de fait, ils ne sont pas si souvent au travail. Beaucoup d’entreprises ont des horaires à la carte et dans la mesure du possible, les Suédois sont aussi en droit de travailler à distance.
Il faut pourtant le reconnaître — quand ils sont au travail, ils sont très performants. Mais pas avant 8h30 à cause de leurs horaires flexibles, et pas après 16 heures parce qu’ils doivent aller chercher les petits à la crèche, et pas après 14 heures le vendredi, s’il vous plaît.
Dès le mercredi après-midi, les Suédois commencent à vous demander ce que vous comptez faire pendant le week-end. Le vendredi à l’heure du déjeuner, ils ont mentalement fini leur journée ‒ gått för dagen.

La plupart des Suédois quittent le bureau un peu plus tôt le vendredi. Le temps de prendre un verre avec les collègues ? Photo : Louise Billgert / Image Bank Sweden
Jours rouges
Les Suédois disposent d’un bon nombre de jours fériés. Si c’est une « bonne » année, ils ont autant de jours de congé en mai et juin que la plupart des Américains en un an. Et il leur reste cinq semaines de vacances à prendre quand il leur plaît. Non seulement il y a les « jours rouges » — appellation suédoise des jours fériés — mais souvent, la demi-journée qui précède est aussi chômée, histoire de se mettre dans l’ambiance.
Si cela se trouve, ils peuvent en plus faire le pont si l’entreprise leur accorde ce klämdag malencontreusement coincé entre un jour férié et un week-end. Quand viennent les mois de mai, juin, juillet, les week-ends et jours fériés tendent à se fondre en un seul long congé, entrecoupé de temps en temps d’une journée de travail.
Et malgré tout cela, le modèle suédois semble être étonnamment efficace. Ça dépasse l’entendement. Le fait est que la Suède est considérée comme un pays d’innovation et de créativité, et les entreprises suédoises performantes sont légion sur le marché mondial.
Eh oui. Il est temps de se rendre compte que les Suédois ne sont peut-être pas si lagom qu’ils le pensent. Et c’est heureux, car aussi bizarres qu’ils puissent paraître quelquefois, les gens d’affaires suédois ont trouvé une clé du succès.
Avez-vous fait des affaires avec des Suédois ? Quelles sont vos impressions ?
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A245FR
Publications apparentées
Liens apparentés
Colin Moon
Colin Moon, expert en communication, est formateur et consultant en anglais, français et communication d’entreprise. Il est l’auteur de Sweden — The Secret Files et In the secret garden of SwEden, et publie régulièrement des articles dans divers journaux.
www.talarforum.se
Copyright : Le présent texte est publié par l’Institut suédois sur
www.sweden.se. Tous les documents contenus sur ce site sont protégés par la législation suédoise sur le droit d’auteur et ne peuvent être reproduits, retransmis, présentés, publiés ou diffusés sans l’autorisation écrite préalable de
webmaster@sweden.se. Les photos ou illustrations ne peuvent être reproduites séparément.
Précisions sur le droit d’auteur et les autorisations.