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Éducation
 
déc. 5, 2006

Apprendre le suédois : leçons de langue, leçons de vie

par : Charlotte West, journaliste indépendante
Le fait que la plupart des Suédois parlent l’anglais presque aussi couramment que leur langue maternelle est un bienfait mitigé. C’est idéal, quand vous arrivez pour la première fois à Stockholm, de pouvoir s’adresser à presque n’importe quel Suédois de 9 à 99 ans pour demander le chemin de la vieille ville. Mais essayer d’apprendre le suédois, c’est difficile parce qu’on peut toujours revenir à l’anglais.

Charlotte West raconte son expérience de l’apprentissage du suédois.
Charlotte West raconte son expérience de l’apprentissage du suédois. Photo : Alexander Mitelman 

Je suis arrivée en Suède en août 2002, armée du petit dictionnaire anglais-suédois/ suédois-anglais de Prisma et forte d’un cours intensif de huit semaines de suédois à l’université de Californie à Berkeley. Quatre ans plus tard, mon dictionnaire maintenant très écorné a les marges griffonnées de notes de grammaire, et je parle – plus ou moins – couramment le suédois.

Le mot suédois du jour
Ce n’est pas allé tout à fait sans peine. Une fois, j’ai demandé à ma coiffeuse si elle avait le temps de me faire des « flingor ». En fait, le mot que je cherchais, c’était « slingor », des mèches. Mais je lui avais demandé des corn-flakes...

Si je me débrouille si bien en suédois maintenant, c’est en grande partie parce que j’ai vite trouvé des amis qui voulaient bien m’aider à le pratiquer. Une de nos méthodes était de garder la trace de nos « mots suédois du jour » dans une liste punaisée au placard de la cuisine.

Charlotte West gardait une liste de « Mots du jour » dans sa cuisine – une technique d’apprentissage très efficace.
Charlotte West gardait une liste de « Mots du jour » dans sa cuisine – une technique d’apprentissage très efficace.

J’ai retrouvé la liste il y a quelques mois en rangeant des vieux papiers. C’était un plaisir, pas seulement de mesurer les progrès accomplis, mais aussi de me souvenir de nos conversations, autour de la table du dîner, dans notre appartement commun. Cette liste m’a aidé à acquérir le vocabulaire pratique, de portkod (code de l’immeuble) à osthyvel (rabot à fromage) en passant par benvärmare (jambières).

Connaître un pays de l’intérieur
En Suède, on se trouve rarement dans une situation où on est obligé de parler le suédois pour se faire comprendre.

« Pour des ‘locuteurs non natifs’, les Suédois sont parmi ceux qui ont le meilleur niveau et le plus d’aisance en anglais, en particulier dans la conversation », dit Bryan Mosey, un des mes collègues britanniques à Stockholm. « Du point de vue du linguiste, je pourrais dire que c’est une seconde langue plutôt qu’une langue étrangère. »

Bien que l’anglais soit si répandu en Suède, un de mes objectifs, dès le moment où j’ai atterri à l’aéroport d’Arlanda, a été d’apprendre le suédois. Parler la langue de son pays d’accueil, c’est ce qui a fait la différence entre être toujours en dehors et se sentir chez soi. Ce n’est pas seulement pouvoir commander une tasse de café sans que la caissière passe automatiquement à l’anglais quand elle entend un accent américain. C’est aussi savoir décoder le milieu où l’on vit.

Une initiation à la culture
« Apprendre une langue, c’est acquérir des automatismes », explique Mosey. « Quand on commence à apprendre une nouvelle langue, on est obligé de réfléchir activement à ce qu’on dit. Peu à peu, on atteint un niveau d’aisance qui demande moins d’effort – c’est peut-être ce qui renforce le sentiment d’être chez soi. »

Bryan Mosey explique que l’apprentissage d’une nouvelle langue enrichit notre expérience culturelle.
Bryan Mosey explique que l’apprentissage d’une nouvelle langue enrichit notre expérience culturelle. Photo : Charlotte West 

« Je sais qu’il y a une foule d’anglophones qui vivent longtemps ici sans apprendre le suédois, et bien sûr c’est faisable. Mais la connaissance de la langue permet de comprendre la culture de l’intérieur. »

Anecdotes cocasses
Le fait de parler le suédois m’a ouvert bien des portes, au plan personnel comme au plan professionnel. D’un point de vue personnel, apprendre une langue étrangère (et les gaffes qu’on peut faire à cette occasion) est quelque chose qui facilite le contact avec les gens. C’est un sujet de conversation qui m’a plus d’une fois aidée à briser la glace au moment d’une nouvelle rencontre – que ce soit avec des Suédois ou d’autres étrangers.

Il y a mille anecdotes à raconter – souvent cocasses. Un de nos colocataires suédois nous disait un jour à mon amie et moi que son frère, en Laponie, faisait des
« blankett ». Nous imaginions toutes les deux qu’il s’agissait de couvre-lits faits main. Mais il nous a expliqué que son frère travaillait pour une société d’informatique et pas pour un fabricant de linge de maison, et voilà comment nous avons appris que blankett, en suédois veut dire formulaire. Son frère s’occupait de questionnaires en ligne.

L’apprentissage de la langue a été aussi un bon investissement pour ma carrière. J’ai travaillé sur des projets en traduisant des textes du suédois en anglais, et comme journaliste indépendante, le fait de parler le suédois m’a permis de communiquer avec les personnes interviewées sur leur propre terrain.

Mais j’ai encore du chemin à faire. Je constate que je suis physiquement incapable d’articuler de façon à prononcer correctement le mot sju (sept) – c’est presque comme shoe, mais pas tout à fait. Quand j’y serai arrivée, je vous le ferai savoir !

Faits et chiffres

  • Environ 9 millions de personnes, dont 8,5 millions en Suède, sont de langue maternelle suédoise.
  • De plus, 300 000 personnes (environ 6 % de la population) ont le suédois pour langue maternelle en Finlande.
  • Un enseignement du suédois est organisé dans quelque 200 universités de 43 pays.
  • Selon les estimations, 50 000 étudiants font du suédois au niveau universitaire en dehors de la Suède.
  • Les immigrants adultes ont droit à des cours de suédois, Swedis (SFI). D’après l’Office national de la statistique, près de 49 000 étudiants étaient inscrits aux cours SFI en 2004-05.
  • L’enseignement pour les adultes, Komvux, propose également des cours en suédois langue étrangère. En 2004-05, 35 660 étudiants suivaient ces cours.
  • Le test de suédois pour les études universitaires (TISUS), est parfois exigé pour l’admission à l’enseignement supérieur en Suède.
  • Les petits Suédois commencent à faire de l’anglais en troisième année de l’école de base (vers l’âge de neuf ans).
  • Sveriges Television, la télévision suédoise de service public, a diffusé en 2003 un total de 9 828 heures de programmes, dont 5 331 étaient sous-titrées.



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Charlotte West, 26 ans, est une expatriée américaine qui a récemment fêté ses quatre ans dans la capitale suédoise. Quand elle n’est pas occupée à peaufiner son suédois, elle travaille comme rédactrice et journaliste indépendante.

Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.

Traduction : Lydie Rousseau

Classification : A169FR

© Photo 1 : Alexander Mitelman
© Photo 3 : Charlotte West


 

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