26 sept.. 2007
Alors que l’automne marque le départ d’une nouvelle année scolaire en Suède, beaucoup d’élèves vont avoir à choisir entre l'école publique et l'école privée. À la suite d’une réforme scolaire de 1992, les écoles privées sont de plus en plus nombreuses et populaires.
Si beaucoup de parents choisissent l’école publique, ceux qui envoient leurs enfants dans des écoles privées sont de plus en plus nombreux. Le nombre d’écoles privées augmente rapidement en Suède, plus vite même que le nombre d’enfants qui les fréquentent.
La réforme des écoles privées lancée en 1992 permet aux familles d’inscrire leurs enfants à l’école de leur choix, publique ou privée, sans avoir à payer de droits de scolarité. Selon la loi, tous les enfants ont un même droit à l’éducation, indépendamment du sexe, de l’appartenance ethnique ou politique et de la situation financière de leur famille. Divers dispositifs ont été mis en place pour assurer des conditions d’égalité entre écoles privées et publiques dans l’ensemble du pays.
Gratuité obligatoire
Souvent axées sur un thème spécifique — religion, arts, musique ou sport — les écoles privées sont autorisées à s’établir en Suède pour autant qu’elles répondent aux critères éducatifs nationaux. Une fois agréées par la Direction nationale de l’enseignement scolaire, elles sont financées par l’État et doivent en échange s’abstenir de demander des droits de scolarité. Elles sont toutefois autorisées à recevoir des donations privées.
Reste à voir quelles sont les conséquences de cet intérêt croissant. Certains se disent préoccupés par le risque d’une concurrence déloyale entre le public et le privé qui pourrait mettre en cause l’existence même de certaines écoles communales de type plus traditionnel. Il ne fait pas de doute, en tout cas, que le nouveau système ouvrira progressivement le modèle suédois classique à de nouvelles options pédagogiques.

Jan Björklund, ministre de l’éducation, souhaite la diversité et la concurrence sur un pied d’égalité entre écoles privées et publiques. Photo : Kristian Pohl
La diversité dans l’égalité
Jan Björklund, ministre de l’éducation, affirme : « La diversité et la concurrence dans l’enseignement sont une bonne chose, mais elles doivent être encadrées par des lignes directrices strictes afin de garantir la qualité de l’éducation pour tous les enfants. Nous avons nommé récemment une commission d’enquête spécifiquement chargée d’instaurer des conditions d’égalité entre les écoles publiques et privées. »
Maj Dellström, proviseure du Tibble Fristående Gymnasium, un lycée privé de Täby, au nord de Stockholm, sait qu’il y autant de diversité dans les opinions que dans l’enseignement. À l’initiative de la municipalité, Tibble est devenu récemment un lycée privé. De nombreux acteurs étaient impliqués dans ce processus et à l’occasion, le débat s’est enflammé au sujet de la privatisation, mais le lycée n’a perdu aucun de ses 1 150 élèves par suite du changement.
« Il y a eu quelques discussions, mais maintenant tout le monde est content et d’accord pour donner sa chance au lycée. Les enseignants et le personnel réfléchissent aux moyens d’utiliser au mieux cette indépendance », dit Maj Dellström.
Elle constate que la privatisation n’a pas vraiment changé les orientations de l’école. Se présentant comme une école indépendante à orientation internationale, le lycée propose une large gamme de cours.
Privilégier le savoir
La loi scolaire suédoise dit que toutes les écoles doivent inculquer aux élèves l’égalité, les valeurs démocratiques, le respect de l’intégrité de la personne et de l’environnement commun, et lutter contre le harcèlement scolaire et le racisme. Elle préconise le travail en équipe et l’autoformation pour réaliser l’objectif primordial : acquérir des connaissances et savoir s’en servir. Les écoles publiques comme les écoles privées sont tenues de partir de ces principes.
Mais dans un pays qui a toujours été le premier à prôner l’égalité, comment peut-on donner aux élèves une éducation équivalente alors que tous les programmes pédagogiques sont différents ? Ne risque-t-on pas de voir les anciennes matières de base — lire, écrire et calculer — reléguées au second plan au profit des religions du monde ou de la conception architecturale ?
Magnus Johansson, attaché d’information à l’Association suédoise des écoles privées, ne le pense pas. « Il ne s’agit pas de donner exactement les mêmes connaissances à tous les élèves, mais d’atteindre les objectifs de ‘connaissances communes’ définis à l’échelon national, et d’offrir en même temps une large gamme de formations », explique-t-il.
Une multitude d’options
Les matières de base et les objectifs sont en fait réglementés par des documents d’orientation nationaux. Selon Magnus Johansson, « cela donne à chaque élève une chance de trouver une formation qui réponde à ses intérêts et qui lui permette d’acquérir une qualification pour des études supérieures ou un type d’emploi déterminé ».
Le débat autour de l’école publique et l’école privée continue de faire rage. Pendant ce temps, pour les petits Suédois qui viennent d’entrer à l’école, c’est une longue marche qui commence, riche de promesses, de découvertes, et d’une multitude d’options à picorer en chemin.
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Auteur et journaliste, Karyn McGettigan a enseigné en Suède, au Canada et en France. Elle s’est fait une tradition des méthodes d’enseignement et d’apprentissage innovantes.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A212FR
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