Vive l’énergie des vagues, adieu la pollution. Au large de la petite ville côtière de Lysekil, dans la mer houleuse, d’énormes bouées jaunes cachent une technologie novatrice qui pourrait être une des réponses à la demande mondiale de solutions énergétiques durables.

La mer qui borde la Suède est assez agitée pour faire de l’énergie des vagues une option plus performante que le solaire ou l’éolien. Photo : Benny Ottoson/Maskot
Dans le monde entier, inventeurs et scientifiques s’emploient à trouver des moyens de produire de l’énergie sans émissions de gaz à effet de serre. Au laboratoire Ångström de l’université d’Uppsala, les chercheurs du Centre suédois de conversion électrique des énergies renouvelables (Swedish Center for Renewable Electric Energy Conversion) ont travaillé ces six dernières années sur une technologie unique en son genre utilisant l’énergie des vagues, qui est maintenant prête à être mise en production.
Des entreprises de production d’énergie, des scientifiques et des représentants des pouvoirs publics viennent du monde entier à l’université d’Uppsala pour voir comment ses chercheurs domestiquent l’énergie de la mer.
L’énergie de la mer
Le promoteur de ces recherches est le professeur Mats Leijon, considéré comme une autorité mondiale de premier plan dans le domaine de la conversion électrique des énergies renouvelables. Alors qu’il travaillait pour le géant industriel helvético-suédois ABB, il s’était fait un nom en résolvant une énigme centenaire ― au dire des experts, la plus grande avancée du siècle dernier dans le domaine des générateurs.
Mats Leijon affirme que la supériorité de l’énergie des vagues sur les autres énergies renouvelables tient à des notions de physique élémentaire du niveau du lycée. « L’énergie, c’est l’intégrale de la puissance en fonction du temps », explique-t-il : « En clair, c’est important d’avoir une certaine puissance, mais c’est plus important de l’avoir pendant longtemps. »

Le Suédois Mats Leijon a la passion des énergies nouvelles et prône l’exploitation de la puissance des vagues pour générer de l’énergie. Photo : Anette Andersson
Or, si l’énergie solaire est disponible un millier d’heures par an et l’énergie éolienne environ 2 200 heures par an, l’énergie des vagues, elle, est disponible jusqu’à 4 000 heures par an. Cela en tenant compte du nombre d’heures d’ensoleillement et de la force du vent, ainsi que de l’agitation de la mer autour de la Suède. Et pour les côtes ouvertes du Royaume-Uni et de Norvège, cela peut aller jusqu’à 6 000 heures par an.
La technologie d’Uppsala utilise l’énergie des vagues et la convertit directement en énergie électrique. Elle ne produit pas d'émissions, ne laisse pas de déchets nocifs et tout ce qu’on voit à la surface est quelque chose qui ressemble à un amas de jaunes d’œuf géants qui se balancent au gré de la houle.
Le marché de l’énergie
Le procédé d’Uppsala fondé sur l’énergie des vagues est plus simple que d’autres systèmes. C’est un facteur important puisque simplicité signifie bon marché, ce qui devrait en faire une source d’énergie attractive. Le procédé consiste en un générateur actionné par un piston, ancré au fond marin et relié par un câble à une bouée en surface. Le mouvement ascendant et descendant de la bouée actionne le générateur qui produit de l’électricité. L’électricité alimente ensuite le réseau par des câbles posés sur le fond de la mer.
Une demi-douzaine de sociétés sont issues des recherches de Mats Leijon à Uppsala ; Seabased est celle qui commerciale la technologie de l’énergie des vagues. Cet « empire énergétique », selon l’expression d’un magazine, comprend aussi des sociétés spécialisées dans l’éolien et l’énergie des courants marins, qui reposent tous deux sur les mêmes principes fondamentaux que l’énergie des vagues.

Une brillante idée ? La ville côtière de Göteborg pourra peut-être un jour utiliser l'énergie des vagues pour éclairer ses immeubles. Photo : Yvonne Isaksson/Image Bank Sweden
Un intérêt croissant
La solution a suscité un intérêt considérable : en un mois, début 2008, plus de mille visiteurs du monde entier sont venus au département de recherche de Mats Leijon pour s’informer. Deux des principales sociétés de production d’énergie de Scandinavie ont passé des commandes à Seabased, qui a été citée en mars 2008 par deux magazines suédois comme « une des sociétés de technologie les plus prometteuses du pays ». La société figure aussi sur la liste des sociétés suédoises d’énergie alternative établie par l’ambassadeur des États-Unis en Suède (voir le lien ci-dessous).
Mats Leijon pense que l’énergie des vagues pourrait fournir annuellement à l’Europe 2 000 térawattheures d’électricité propre. Cela représente à peu près la moitié de l’électricité consommée chaque année en Europe occidentale ou aux États-Unis. Pour la Suède, qui a des côtes moins exposées, l’énergie des vagues pourrait fournir quelque dix pour cent de la consommation d'électricité.
Peu propice à la pêche
Mats Leijon reconnaît que l’énergie des vagues a des inconvénients, même s’il est peu probable qu’ils suscitent le même genre d’hostilité qu’une centrale nucléaire.
« Le principal inconvénient est qu'elle utilise des zones qui servent à d’autres activités, par exemple l'industrie de la pêche », note-t-il. On a également émis l’hypothèse que le bruit généré par les installations pourrait perturber la reproduction des organismes marins, mais ce n’est pas prouvé.
Mats Leijon a toujours eu pour ambition de produire des technologies renouvelables à l’échelle industrielle, et maintenant que Seabased a trouvé un site pour son usine sur la côte ouest suédoise, il a fait un pas dans cette voie. Il ne doute pas que l’énergie des vagues saura tenir ses promesses. « Mais il y a quelque chose que l'énergie des vagues n'a pas, contrairement à l’éolien, au solaire et à la bioénergie, c’est un puissant groupe de pression », dit-il. « Nous ne sommes pas très nombreux. D’un autre côté, nous avons la physique pour nous. »
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Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A243FR
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David Wiles
David Wiles est rédacteur en chef du magazine Sweden Today. Il se méfie un peu de la force des vagues et du vent, ayant gardé un mauvais souvenir des tentatives de surf et de planche à voile de son adolescence.
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