déc. 7, 2007
Pour la première édition de sa classification des espèces en 1735, Carl von Linné avait patiemment compté les pistils et les étamines des plantes. Près de trois siècles plus tard, une Suédoise, Birgitta Bremer, poursuit l’œuvre de l’illustre botaniste au moyen des données moléculaires et du séquençage de l’ADN.

Il ne fait pas de doute que les méthodes scientifiques de Birgitta Bremer sont radicalement différentes de celles de Peter Jonas Bergius (1730–1790), disciple de Carl von Linné et fondateur du jardin botanique Bergianska, à Stockholm.
Photo : Ben Nilsson
Carl von Linné, « le père de la taxinomie », était un homme profondément religieux. Sa recherche était fondée sur l’idée que, Dieu ayant créé la terre et tout ce qui la peuple, la pensée divine peut être découverte par l’étude et la classification du vivant.
Birgitta Bremer, Professor Bergianus à l’Académie royale des sciences de Suède (titre du professeur qui dirige le jardin botanique Bergianska), dit : « Linné croyait en l’existence d’un système naturel englobant plus ou moins la totalité des êtres vivants. Et par ‘naturel’, il entendait créé par Dieu. Pensant qu’il existe un ordre systématique qu’il est possible de découvrir, il s’efforçait de déchiffrer ce système. »
Linné ne tarda pas à reconnaître l’immense complexité de la tâche. « Il a compris que pour y parvenir, il faudrait d’abord connaître tout ce qui existe avant de pouvoir l’ordonner correctement », explique Birgitta Bremer. Conscient de ses limites, il abandonna son projet.
Éclaircir l’Arbre de la vie
Si Bremer et ses collègues ne possèdent sans doute pas cette « connaissance du tout » à laquelle aspirait Linné, ils semblent s’en rapprocher. Birgitta Bremer appartient à un collectif scientifique international qui s’est proposé d’inventorier une fois pour toutes ce que l’on appelle généralement l’Arbre de la vie. Plusieurs organisations sont chargées des différents projets liés à l’Arbre de la vie mais leur objectif est le même : établir un arbre généalogique montrant les liens de parenté entre tous les organismes vivants.

Les astéridées se présentent sous 75 000 formes et tailles différentes — un gros travail de classification. Photo : Ben Nilsson
Outre le projet Internet Tree of Life (l’Arbre de la vie), Birgitta Bremer s’est impliquée aussi dans le projet Time Tree, l’Arbre chronologique. Elle a donné récemment à Time Tree un article sur les astéridées, qui représentent près d’un tiers de toutes les plantes à fleurs. « Time Tree se propose non seulement de mettre en évidence les liens de parenté entre les organismes, mais d’utiliser dans ce but une échelle chronologique », explique-t-elle.
L’établissement d’une échelle chronologique est important parce qu’il aide à mettre en évidence la parenté entre les organismes en corrélation avec l’histoire de la planète. Time Tree prévoit de présenter son arbre, en ligne et sous forme imprimée, en 2008.
Cartographie moléculaire
Grâce aux avancées technologiques, il est maintenant possible de classifier les plantes et les animaux suivant leur structure moléculaire en utilisant des séquences d’ADN pour déterminer leurs liens de parenté. Cela ouvre tout un monde de perspectives nouvelles pour la classification, que Linné accueillerait à bras ouverts s’il vivait de nos jours.
« Bien sûr, on peut aussi étudier les étamines et les pistils », observe Birgitta Bremer. « Seulement, nous ne nous limitons pas à cela comme le faisait Linné. Ce qui est important, c’est de considérer l’ensemble des caractères existants, de les décrire et ensuite de construire un arbre. Grâce à l’analyse de l’ADN, il y a maintenant des millions de caractères qui peuvent être pris en compte pour une classification. »
La biodiversité et l’avenir
Un des grands intérêts de la détermination d’un arbre de la vie est la possibilité d’utiliser les données pour s’attaquer à des questions liées, entre autres, aux effets potentiels d’une réduction de la biodiversité.

Birgitta Bremer pense que le projet Tree of Life a un rôle important à jouer dans un monde menacé par la perte de biodiversité. Photo : Ben Nilsson
« Il ne s’agit pas seulement des effets que peut avoir la perte de biodiversité sur notre environnement », affirme Bremer. « Il s’agit aussi des conséquences pour notre avenir en général. C’est un fait reconnu que des organismes disparaissent — c’est comme ça depuis la nuit des temps. Le tragique, c’est que des écosystèmes entiers disparaissent si vite. Une fois qu’ils ne sont plus là, la diversité biologique disparaît avec eux. »
Pleine d’enthousiasme pour le travail qu’elle mène avec ses collègues, Bremer souligne que le concept de l’Arbre de la vie apportera des lumières sur l’usage futur des ressources actuelles. « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser perdre des possibilités de développement futur », dit-elle. « On ne peut jamais savoir quels sont les organismes d’aujourd’hui qui seront utiles dans l’avenir. »
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Anders Porter, journaliste et auteur indépendant, vient de Californie. Il vit à Grythyttan (Suède), à environ 250 kilomètres à l’ouest de Stockholm. Malgré son amour de la nature, il y a tout lieu de penser qu’il ne donnera jamais son nom à une espèce nouvelle.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A222FR
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