Le téléchargement de musique sur Internet est largement accepté en Suède. Mais l’industrie du disque se bat pour faire adopter des lois plus restrictives. En même temps, de nouvelles plateformes légales comme Spotify sont plébiscitées par les consommateurs comme par les éditeurs de musique.

La musique avant tout. Tandis que le débat sur le partage de fichiers fait rage, les Suédois semblent s’intéresser plus à la musique elle-même qu’aux moyens de se la procurer. Photo : Jan Collsiöö/Scanpix
Paradoxalement, c’est peut-être l’extension du téléchargement de musique par les utilisateurs suédois qui a conduit au développement de ces nouveaux services légaux.
Même si les chiffres varient fortement selon l’âge, un Suédois sur dix recourt au partage de fichiers. Sans surprise, les jeunes sont en tête de liste — parmi les Suédois de 16 à 24 ans, un sur trois utilise un logiciel d’échange de films ou de musique. (Les garçons sont un peu plus actifs dans ce domaine que les filles — mais d’un autre côté, celles-ci bloguent deux fois plus que les garçons.) Ces chiffres proviennent d’une enquête de l’Office national de la statistique* publiée en décembre 2008, qui montre clairement qu’une grande partie du public suédois pense que le partage de fichiers est parfaitement acceptable.
Cela pose des problèmes aux politiques, aux artistes, aux éditeurs de musique et aussi dans une certaine mesure aux particuliers. Est-il admissible de partager des fichiers, puisque tous les autres le font, ou faut-il considérer qu’un Suédois sur dix est tout simplement un délinquant ? Comment faire en sorte que les artistes soient payés pour leur travail, et comment appliquer les nouvelles technologies de façon à donner satisfaction à tout le monde ?
Les politiques sont divisés, de même que les artistes et les simples citoyens. Les seuls qui soient plus ou moins unanimes sont les majors du disque, qui réclament des mesures plus sévères contre les partageurs de fichiers. Certains petits éditeurs, cependant, cherchent d’autres solutions.
Des éditeurs ouverts à de nouvelles options
The Swedish Model est un groupe de sept petites maisons d’édition qui ont choisi une autre approche que les majors.
Martin Thörnkvist, un de ses fondateurs, affirme : « La majeure partie de nos recettes vient toujours de la vente de disques et de la diffusion des œuvres à la radio. Pour autant, nous ne voyons pas le téléchargement de musique comme une concurrence, mais comme un complément. »
Thörnkvist fait valoir que si les consommateurs choisissent de télécharger de la musique illégalement, c’est le modèle commercial des maisons d’éditions qui est en faute et non le comportement des consommateurs.

Martin Thörnkvist, de Swedish Model, choisit de voir le partage de fichiers comme une opportunité d’affaires plutôt que comme une menace. Photo : Jesper Berg
Mais la section suédoise de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), qui représente les grandes maisons d’édition, n’apprécie pas du tout l’engouement des Suédois pour le téléchargement.
Ludvig Werner, président de l’IFPI Suède, dit : « Nous nous rendons compte que la Suède a tardé à adopter une réglementation dans ce domaine, alors qu’en même temps elle est très informatisée. Cela crée toutes les conditions pour l’émergence d’une génération qui tient pour acquis les contenus gratuits sur Internet. »
Pirates contre entrepreneurs
Werner note que la Suède s’est fait une réputation de paradis pour les pirates, en grande partie parce que trois Suédois sont responsables de l’un des plus grands sites de partage de fichiers du monde, The Pirate Bay. Depuis son lancement, il y a cinq ans, ce site est une épine dans le pied de l’industrie du disque et du cinéma, et il est au cœur du débat sur le partage de fichiers depuis que la police a confisqué ses serveurs en 2006.
Autant Pirate Bay est vilipendé par certains, autant Spotify est apprécié par la plupart. Spotify est une nouvelle plateforme suédoise qui permet aux utilisateurs d’accéder à la musique de beaucoup des grandes compagnies mondiales au moyen d’un lecteur audio spécial. La musique n’est pas téléchargée mais simplement diffusée en flux continu depuis Spotify chaque fois qu’elle est écoutée. Ce service est légal et propose une version gratuite moyennant publicité.
« Spotify est une des raisons qui nous ont conduits à lancer The Swedish Model », explique Thörnkvist. « Il ne durera peut-être pas toujours, mais c’est avec des services de ce genre que nous pourrons gagner de l’argent dans l’avenir. »
À l’IFPI, Ludvig Werner y est également favorable. À ses yeux, Spotify et d’autres fournisseurs de musique en ligne montrent la voie de solutions légales qui sont meilleures que les solutions illégales.

Pirate Bay est considéré comme le plus grand tracker BitTorrent du monde. Mais ses utilisateurs ont-ils vraiment l’impression d’être des pirates ? Photo : Thomas Persson/Scanpix
Mais est-ce une simple coïncidence si le plus grand forum mondial pour le partage illégal de fichiers et certaines plateformes légales populaires comme Spotify sont nés en Suède ? Werner pense qu’il y a un rapport.
« Évidemment, ils ont tiré les leçons des options qui étaient à leur disposition », dit-il. « Je suis tout à fait sûr qu’il y a eu là un processus d’apprentissage. »
Nouvelles lois, nouveaux comportements ?
Fin février, le Riksdag (Parlement) a adopté une loi qui donne aux titulaires du droit d’auteur un nouveau moyen de mettre fin au partage illégal de fichiers. À partir du 1er avril 2009, les maisons d’édition et autres pourront demander l’identité du détenteur d’une adresse IP utilisée pour le partage de fichiers, pour leur permettre de lui donner un avertissement ou de le poursuivre. Les adversaires de la nouvelle loi y voient une menace pour la vie privée — jusqu’à présent, seule la police suédoise était habilitée à identifier les partageurs.
Une enquête suédoise récente sur la question donne une idée de ce que sera la réaction du public suédois. L’université de Lund, une des plus grandes de Suède, a effectué un sondage d’opinion parmi les jeunes de 15 à 25 ans en Suède. Pas moins de 75 pour cent pensaient que l’illégalité du partage de contenus protégés par le droit d’auteur n’était pas une raison suffisante en soi pour renoncer à cette pratique. Et presque autant déclaraient qu’une législation plus sévère ne les empêcherait pas de continuer à partager des fichiers protégés par le droit d’auteur.
L’entrée en vigueur de la nouvelle loi montrera si, et de quelle manière, les Suédois vont changer d’attitude à l’égard de la musique en ligne, et quelles en seront les conséquences pour l’industrie musicale.
*L’Office national de la statistique est une administration publique chargée entre autres de gérer et de coordonner les statistiques officielles de la Suède.
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Fredrik Andersson
Fredrik Andersson, journaliste indépendant basé à Stockholm, est diplômé en économie des affaires et en journalisme. Il a travaillé principalement pour les deux opérateurs de service public, Sveriges Television et Sveriges Radio, ainsi que pour TV4.
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Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A290FR
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