18 oct.. 2007
Guerre, action, sport et femmes fatales en tenue légère — pas étonnant que le monde des jeux vidéo soit dominé par les hommes. Mais un groupe de femmes fait le pari de s’attaquer aux traditions des jeux en Suède et d’instaurer la parité dans ce dernier bastion de l’hégémonie masculine.

SuperMarit veut faire pièce à l’hégémonie masculine dans l’univers des jeux. Cette organisation suédoise encourage et soutient les femmes à tous les stades – du développeur à l’utilisateur final. Photo : Annika Olofsdotter Bergström
L’industrie des jeux est la branche la plus dynamique du monde du divertissement. En 2005, elle a dégagé près de 650 millions de SEK (70 millions d’euros ou 100 millions d’USD) en Suède – 19 pour cent de plus que l’année précédente. Et ce secteur florissant n’emploie que 15 pour cent de femmes. Mais au niveau des organisations aussi bien que des personnes, on tient de plus en plus à accroître la part des femmes dans le secteur des jeux.
SuperMarit est une organisation qui s’efforce, en coopération avec la branche et le gouvernement, de renforcer le rôle des femmes dans les jeux par des ateliers, des séminaires, des actions de réseautage et autres. Annika Olofsdotter Bergström, de SuperMarit, affirme : « Les jeux sont la plus importante expression de la culture populaire d’aujourd’hui. Pourquoi les femmes ne monteraient-elles pas dans cette grande roue pour avoir leur mot à dire ? »
Place aux femmes
Camilla Anger, présidente de Vivendi Games Nordic, pense que les femmes ont beaucoup à gagner à s’impliquer dans l’industrie des jeux : « C’est une industrie émergente qui offre de nouvelles opportunités. C’est un peu une terre vierge pour les femmes, et elles peuvent facilement y réussir – tout le monde veut voir plus de femmes parmi les développeurs. »
La grande majorité des développeurs sont des hommes, qui produisent des jeux pour leurs homologues de 8 à 35 ans. Mais il y a un immense potentiel à exploiter en s’adressant à l’autre moitié de la population, qui jusqu’à récemment a été largement négligée.
« Les femmes qui conçoivent des jeux savent ce qui plaît aux femmes, il y a donc certainement un intérêt financier à attirer plus de femmes vers la profession », observe Camilla Anger. « C’est d’ailleurs un métier tout à fait amusant pour les femmes, mais elles ne s’en sont pas encore rendu compte. »

World of Warcraft est un jeu aussi populaire pour les filles que pour les garçons.
Pas seulement pour les garçons
Annika Olofsdotter Bergström voit encore d’autres avantages à intéresser les femmes aux jeux. Elle pense que l’égalité des chances y gagnerait, pas seulement dans le monde des jeux mais dans le domaine de la technologie en général. « Les jeux conduisent tout droit à s’intéresser à la technologie, et de plus c’est un formidable outil d’apprentissage et de réflexion », dit-elle.
Alors, pourquoi si peu de femmes dans l’industrie des jeux ? Cela tient sans doute aux idées reçues, suppose-t-elle : « La technologie et les jeux vidéo sont vus comme l’affaire des garçons, à cause des attitudes qui ont cours à l’école et dans la société. Les jeux et la technologie sont souvent lancés à grand renfort de filles sexy, ou dans des médias plutôt destinés aux hommes et aux garçons. Il y a eu jusqu’à présent trop peu de rôles féminins dans les jeux, mais maintenant ça va changer ! »
Une psychologie plus élaborée
Les rôles et les scénarios évoluent à mesure que les femmes prennent une plus grande place dans l’univers des jeux. Des études ont montré que les femmes s’intéressent généralement plus à des personnages complexes, et les développeuses de jeux tendent à mettre en scène des « filles cool et des personnages à la psychologie plus élaborée », pense Annika Olofsdotter Bergström.

Annika Olofsdotter Bergström voudrait voir des producteurs qui se risquent à faire du neuf. Photo : Annika Olofsdotter Bergström
Mais beaucoup de producteurs de jeux persistent à faire des jeux pour les femmes, où elles sont présentées dans des rôles traditionnels stéréotypés. « Il y a toute une série de jeux féminins sur des thèmes du genre ‘être maman’ ou ‘être styliste de mode’, et évidemment, il y a des femmes qui aiment ça, mais c’est quand même agaçant de voir que dès qu’on produit des jeux pour les femmes, on retombe droit dans les vieux clichés, en oubliant que les femmes ne sont pas toutes coulées dans le même moule », dit Annika Olofsdotter Bergström. « Les producteurs doivent prendre le risque d’innover et de faire plus largement appel à des femmes pour développer des jeux. »
S’il est vrai que des jeux comme Singstar et The Sims sont pionniers et attractifs pour les femmes, et même si certains jeux typiquement masculins comme le populaire World of Warcraft de Vivendi attirent beaucoup de femmes, Camilla Anger admet qu’il faut en faire beaucoup plus pour les joueuses féminines.
Camilla Anger, de Vivendi Games, se félicite du succès de World of Warcraft, mais voudrait aussi voir des scénarios plus réalistes danse les nouveaux jeux.
Photo : privée
Au-delà du sexe
« Les femmes veulent en général des jeux plus conviviaux et plus interactifs, avec une vision des relations et des scénarios plus réalistes », explique Camilla Anger.
« Et – sans vouloir généraliser – elles demandent aussi des plateformes qui ne soient pas trop techniques. La console portable Nintendo DS est celle qui a le plus de succès chez les femmes, et c’est sans doute en partie parce qu’elle est facile à utiliser. »
En même temps que l’industrie des jeux commence à donner plus de champ aux femmes, comme développeuses et comme joueuses, elle aurait peut-être intérêt aussi à prospecter un autre marché prometteur. Le projet PlaymÄker teste actuellement des jeux sur PlayStation pour les seniors suédois, en évaluant les effets bénéfiques qu’ils peuvent avoir pour le corps et l’esprit.
Le projet a pour but d’activer et de stimuler les personnes âgées en les aidant à exercer leur cerveau, améliorer leur coordination et leur circulation sanguine. Il est grand temps de sortir les jeux vidéo du rayon garçons.
(Statistiques : Rapport 2005 sur l’industrie suédoise des jeux)
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Journaliste indépendante, Cari Simmons voudrait des jeux qui exercent le corps et l’esprit et demandent très peu d’efforts techniques de l’utilisateur.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A215FR
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