
Noomi Rapace incarne Lisbeth Salander dans le film à succès tiré du premier volume de la trilogie, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Photo : SF
Avec des ventes de plus de dix millions d’exemplaires avant même que toutes les traductions soient achevées, la trilogie Millénium fait sensation partout dans le monde. Les lecteurs ont été fascinés par les exploits de ses héros, Mikael Blomkvist, journaliste d’investigation, et Lisbeth Salander, punkette tatouée et hacker de génie, saluée par un critique comme « le second rôle le plus décoiffant qu’on ait vu depuis bien des années dans la littérature policière. »
Un homme modeste
Stieg Larsson, qui était aussi journaliste et rédacteur en chef de la revue antifasciste Expo, avait signé un contrat avec une grande maison d’édition suédoise, mais il est mort avant même que le premier tome soit sorti des presses.
Son ancien collègue et ami Richard Slätt se souvient : « Stieg avait l’intuition que ses livres seraient un succès, même s’il n’en faisait pas une histoire. Mais je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment compris à quel point ce serait phénoménal en dehors de la Suède. »

Stieg Larsson travaillait quotidiennement à mettre en garde contre les tendances fascisantes de la société d’aujourd’hui. Photo : David Lagerlöf
À en croire ceux qui l’ont connu, Stieg Larsson lui-même semble presque un personnage de roman. Grosses lunettes style 1980 et veste de velours côtelé râpée, fumeur invétéré et grand consommateur de café noir, il n’arrivait jamais au bureau avant l’heure du déjeuner. Mais ensuite il travaillait jusqu’à trois ou quatre heures du matin et quand il rentrait chez lui, il pouvait encore écrire une heure ou deux avant d’aller se coucher.
Si cet écrivain discret et modeste avait vécu pour voir le succès de son œuvre, Slätt pense que la fortune et la célébrité ne l’auraient pas changé : « Je crois qu’il aurait mis beaucoup d’argent dans Expo et qu’il aurait continué d’y travailler. Son éditeur aurait dû le traîner de force sur les plateaux de télévision. »
Milléniumania
La trilogie Millénium a suscité un emballement tout particulier en France, où la « milléniumania » s’est répandue comme une épidémie. Marc de Gouvenain, éditeur dans la maison d’édition française qui publie la trilogie, en est aussi le co-traducteur. « J’ai lu les deux premiers romans et la moitié du troisième et j’ai contacté sans attendre mon directeur pour dire qu’on ne pouvait pas louper ça et qu’il fallait en acheter les droits ! »
Le premier volume, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Män som hatar kvinnor), s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires rien qu’en France. Pour des livres qui ont de bonnes critiques et qui remportent des prix, les ventes ne vont normalement pas au-delà d’une fraction de ce chiffre. « C’est un succès sans commune mesure », note Marc de Gouvenain.

La trilogie Millénium, une des sensations mondiales de l’édition de ces dernières années, a jusqu’à présent séduit particulièrement les lecteurs scandinaves et français. Photo : Gerard Julien/AFP
Traducteur littéraire depuis une quarantaine d’années, Marc de Gouvenain pense qu’un des facteurs qui contribue au succès de Millénium est que, contrairement à beaucoup de polars, on sent au-delà des meurtres, de la corruption et de la souffrance un optimisme fondamental. « Le message politique est qu’aussi longtemps que les piliers de la justice, la police et les médias font leur travail correctement, on est encore en démocratie. Stieg Larsson nous dit que certes, la société a sa part d’ombre, mais qu’on peut être optimiste. »
Un rêve d’éditeur
Les livres ont été traduits en près de quarante langues et de plus en plus de pays en achètent les droits cinématographiques. Des négociations sont en cours pour une série de films en langue anglaise à la suite de ceux qui ont déjà été produits en Suède. Au départ, Stieg Larsson avait envoyé ses manuscrits à un éditeur suédois, mais par une bévue du calibre de celle des maisons de disques qui ont refusé les Beatles, celui-ci n’avait même pas ouvert le paquet. Exaspéré, l’auteur reprit ses livres pour les confier à Norstedts, une des grandes maisons d’édition littéraires de Suède.
Magdalena Hedlund, responsable des droits littéraires chez Norstedts, dit que c’est un rêve d’éditeur de voir débarquer un écrivain avec trois livres terminés : « C’est sans précédent. C’était la première fois que Norstedts signait un contrat pour trois livres avec quelqu’un qui n’avait encore jamais écrit de roman. Nous en attendions beaucoup, mais nous n’escomptions pas ce genre de succès. »
Cent pages de plus
En 2004, Stieg Larsson a été emporté par une crise cardiaque à l’âge de 50 ans, peu après avoir signé son contrat avec Norstedts. Il avait déjà écrit une centaine de pages d’un quatrième livre, et selon des amis, il avait six volumes de plus en tête pour le cycle Millénium. Si sa mort prématurée a bouleversé ses amis, ses collègues et sa famille, elle a contribué au mythe qui entoure sa personne et ses livres. Stieg Larsson endosse ainsi le rôle du créateur de génie disparu dans la fleur de l’âge.
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David Wiles
David Wiles, journaliste britannique, vit et travaille en Suède. Comme la plupart des lecteurs de la trilogie Millénium, il a dévoré d’une traite les trois volumes, et en redemande.
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Classification : A294FR
Traduction : Lydie Rousseau
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