20 juil.. 2007
La petite ville d’Ystad, dans le sud de la Suède, est sans doute la ville du pays la plus connue pour les crimes cyniques qui s’y commettent – sur le papier, bien sûr. Mais Visby, Fjällbacka et Kiruna sont sur ses talons grâce à quelques nouvelles reines du polar.

« Je l’ai dans le sang », dit Anna Jansson de l’île suédoise de Gotland, le cadre favori de ses romans policiers. Photo : Sören Jansson / Norstedts
Anna Jansson, Mari Jungstedt, Camilla Läckberg et Åsa Larsson sont quelques-unes des romancières qui ont fait de brillants débuts dans le polar suédois ces dix dernières années. En situant leurs intrigues dans des lieux qu’elles aiment – et où parfois elles vivent – ces quatre auteurs nous font découvrir dans un fauteuil les sites et les sons de la Suède, un peu comme Henning Mankell et son héros Wallander ont fait la célébrité littéraire d’Ystad.
L’île du mystère – Gotland
Anna Jansson et Mari Jungstedt ont toutes deux choisi pour cadre de leurs romans Gotland, une île de la Baltique au large de la côte sud-est de la Suède. Autrefois plaque tournante du commerce médiéval, l’île attire aujourd’hui près de 800 000 touristes par an.
Anna Jansson a grandi à Visby, la seule ville de Gotland, avant de partir en 1979 pour Örebro où elle a fait des études d’infirmière. « C’est plus facile d’écrire sur un endroit qu’on connaît bien », dit-elle. « On peut se servir du décor pour créer une atmosphère. »
Les impressions de son enfance se sont insinuées dans ses romans. « Même maintenant que je suis à Örebro, je retrouve ses parfums, je peux sentir le vent. Je l’ai dans le sang », constate-t-elle.

Mari Jungstedt trouve que Gotland est une toile de fond idéale pour ses histoires. Photo : Anna-Lena Ahlström
Les romans policiers de Mari Jungstedt se déroulent aussi à Gotland. Elle y est venue pour la première fois quand elle était enfant et elle a eu le coup de foudre pour ses plages. Plus tard, elle a eu aussi le coup de foudre pour un enfant du pays.
« Gotland est un cadre idéal pour un crime, parce que c’est une île, où on a un peu le sentiment de vivre en vase clos. On est comme encerclé par la mer », dit-elle. « De plus, Gotland a une histoire fascinante, que j’ai utilisée dans mon troisième livre, ‘Le cercle intérieur’ (Den inre kretsen), où il est question d’archéologie. L’histoire est très présente : à Visby, par exemple, le mur d’enceinte, l’église et les ruines du centre ville datent tous du XIIIe siècle. »
Meurtres au bord de la mer – Fjällbacka
Pour Camilla Läckberg, la scène du crime est son village natal de Fjällbacka, une petite bourgade côtière d’un millier d’habitants à 150 kilomètres au nord de Göteborg.

Dans les romans de Camilla Läckberg, Fjällbacka, sur la côte ouest suédoise, est le théâtre de meurtres mystérieux. Photo : Benny Ottosson / Maskot
« C’est un endroit que je connais très bien », explique-t-elle. « Une petite localité est plus intéressante et plus dynamique qu’une grande ville. C’est le décor qui donne de la saveur ».
Au XIXe siècle, Fjällbacka était un des plus grands ports de pêche de Suède. Camilla Läckberg pense que c’est l’histoire du lieu qui a modelé ses habitants – et les personnages qu’elle y fait vivre : « Les gens d’ici ne tiennent rien pour acquis et veulent toujours avoir un coup d’avance sur le destin. C’est cela aussi que j’essaie de faire passer dans mes livres ».
Ses romans sont émaillés de descriptions des sites familiers de Fjällbacka, comme le square Ingrid Bergman et l’église. Ce sont les détails qui font l’authenticité, dit-elle : « Dans ‘Le Prédicateur’ (Predikanten), on prend le bateau pour faire une excursion dans l’archipel. Emporter son pique-nique et passer la journée sur les rochers, c’est typiquement le genre de choses qu’on fait à Fjällbacka ».
Deux romans à succès : « Le Prédicateur » (à gauche) est en cours de tournage pour la télévision suédoise et « Le Sang versé » a remporté le prix du meilleur roman policier suédois en 2004. Photos : Forum et Bonnier
Crimes au pays du froid – Kiruna
Åsa Larsson a pris pour cadre de ses trois romans la ville minière de Kiruna, dans le grand nord, un rendez-vous des amoureux de la nature. Le caractère unique de la ville en fait une destination touristique populaire, et l’endroit rêvé pour un crime. « Je remercie le ciel d’avoir grandi ici. C’est le cadre idéal pour un roman policier », assure Åsa Larsson.
« La ville est à peu près à 200 kilomètres au nord du cercle Arctique. Le paysage est magnifique, avec le soleil de minuit et des hivers froids et sombres. En plus de la mine, il y a le centre spatial d’Esrange et des attractions touristiques vraiment originales, l’hôtel de glace de Jukkasjärvi par exemple, ce qui donne des outils tout à fait intéressants pour raconter une histoire policière. »
Dans son roman « Le sang versé » (Det blod som spillts), elle donne aux visiteurs potentiels quelques conseils sur la façon d’aborder la population locale : « Évitez les remarques du genre ‘comment diable pouvez-vous supporter ces longs hivers quand le soleil ne se lève même pas’. Même s’ils en plaisantent entre eux. »
Pas moyen de venir en Suède ? Mais rien ne vous empêche d’aller à la découverte du pays avec des livres comme « Un oiseau étranger » (Främmande fågel) d’Anna Jansson. Photo : Norstedt
Le crime sur la carte littéraire
Alors, Visby, Fjällbacka ou Kiruna vont-elles devenir une nouvelle Ystad, où les fans affluent de tous les coins du monde pour marcher sur les traces de leur héros de polar préféré ?
Les trois villes vivent déjà en partie du tourisme, et les romans de ces quatre auteurs ont eu un grand succès à l’étranger – ils toucheront d’ailleurs un public encore plus large une fois qu’ils auront été portés au cinéma. Les quatre livres de Mari Jungstedt sont tous filmés en ce moment par la télévision allemande, tandis que la télévision suédoise est en train d’adapter deux des romans de Camilla Läckberg, « La Princesse de glace » (Isprinsessan) et « Le Prédicateur ». Le polar d’Åsa Larsson, Horreur boréale (Solstorm) est en tournage à Kiruna, avec l’actrice suédoise Izabella Scorupco dans le rôle de l’avocate Rebecka Martinsson.
Ouvrez l’œil (et surveillez vos arrières) : les reines du crime suédoises continuent de mettre les petites villes suédoises sur la carte littéraire.
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Rédactrice et journaliste, Charlotte West aime autant les livres que les voyages. Elle a déjà lu « La princesse de glace » et « Le sang versé », et elle prévoit de finir « Le Cercle intérieur » et « Un oiseau étranger » cet été sur le bateau de Gotland.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A202FR
© Photo 1 : Sören Jansson / Norstedts
© Photo 2 : Anna-Lena Ahlström
© Photo 3 : Benny Ottosson / Maskot
© Photo 4 : Forum
© Photo 5 : Bonnier
© Photo 6 : Norstedt
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