
La traditionnelle fête de fin d’études des lycéens. Photo : Daniel Holking/Image Bank Sweden
Sous le signe des saisons
Certaines sont si anciennes que leur origine se perd dans les nuits des temps. Mais on continue de les fêter, parce qu’on l’a toujours fait et parce qu’on a appris à les aimer. Elles font partie du cycle de vie, elles ponctuent nos jours, marquent le temps qui passe et rythment les saisons.
En Suède, bien des coutumes sont étroitement liées aux métamorphoses de la nature. Les Suédois fêtent la Saint-Jean avec intensité, comme seuls peuvent le faire ceux qui viennent de vivre encore un long hiver. Ils allument des bougies pour l’Avent et vouent un culte à une sainte Lucie vêtue de blanc et auréolée de lumière.
La cuisine suédoise est souvent liée aux saisons ; sa préparation et ses assaisonnements s’inspirent des modes de conservation des aliments qui étaient indispensables dans la société rurale d’autrefois : hareng mariné, viandes salées ou fumées, fromages et produits laitiers cuits ou affinés de diverses manières.
Nombre de rites festifs sont liés aux travaux des champs, labours de printemps, ouverture de la chasse et de la pêche, moissons. Mais, comme nous l’avons vu, ils ont parfois perdu leur signification originelle et pris un sens nouveau.

En Suède, bien des coutumes sont intimement liées à l’alternance des saisons. Photo : Anders Johansson/Ölands Turist
De plain-pied dans la modernité
Tout cela ne tient pas uniquement au passage du temps et à l’oubli humain. Les Suédois sont partagés dans leur relation à eux-mêmes ; s’ils ont la fierté de leur histoire nationale, leur image de soi, malgré tout, souffre de se comparer à l’idée qu’ils se font de ce qui a cours « sur le continent » et dans le monde.
Dès qu’ils en ont eu l’occasion, ils se sont jetés à corps perdu dans la modernité. Une situation géographique périphérique, un don remarquable d’éviter les guerres, l’abondance des ressources forestières et minérales ont fait de la Suède un pays à la fois riche et atypique à l’aune internationale.
Alors que d’autres pays connaissaient les conflits et les clivages de classe, le consensus et la confiance en l’avenir régnaient en Suède.
La croyance au progrès, à la croissance et à l’État-providence – ce qu’on appelle ici folkhemmet, le foyer de tout le peuple – a été par moment si forte qu’elle a fait perdre le sens de l’histoire.
Les rites et les usages d’autrefois semblaient tout à coup périmés, les jeunes étaient sourds aux récits des anciens et ne regardaient pas en arrière. L’avenir miroitait au bout de l’horizon, et il s’agissait de le rejoindre au plus vite.
Après la seconde guerre mondiale, la société suédoise a connu en l’espace de quelques décennies une expansion record. Ce petit pays agricole périphérique s’est hissé au premier rang des pays avancés. Des villes nouvelles ont surgi, les routes se sont multipliées et élargies. Les tours de béton sont sorties de terre comme des champignons.
Les Suédois avaient conquis le bien-être mais perdu du même coup le contact avec leur histoire. Ils ont mis très longtemps à trouver un équilibre.
Dans la Suède d’aujourd’hui, l’ancien et le nouveau se côtoient, tantôt à la façon de deux histoires parallèles, tantôt – mais plus rarement – étroitement entretissés. Il en est de même de tout ce qui vient de l’extérieur, les gens, les tendances et les expressions d’autres cultures et d’autres milieux.
Influences internationales
L’immigration a apporté de nouveaux rites et de nouvelles traditions qui, à la longue, se fondront dans ce qui est perçu comme l’identité suédoise.
Parallèlement, les nouveaux venus adoptent les usages ancestraux du pays, souvent à l’initiative de leurs enfants, car les crèches et les écoles ont une profonde influence sur la société. Dans le meilleur des cas, cela donne un enrichissement mutuel des cultures.
Aujourd’hui déjà, la plupart des Suédois savent ce qu’implique le jeûne du Ramadan pour les musulmans.
Diverses coutumes nouvelles se sont enracinées en Suède ces dernières années, principalement par le biais des médias et sous la pression commerciale. Ainsi, deux fêtes très populaires aux États-Unis, la Saint-Valentin et Halloween, ont maintenant acquis droit de cité en Suède, avec quelques adaptations.
Dans quelques générations, leur provenance sera peut-être oubliée – dès qu’un rituel trouve une résonance dans l’esprit d’un peuple, on ne se soucie guère de son origine.
Le père Noël vient d’Allemagne, ce qui n’a pas empêché les Suédois de l’adopter. Lucie était une sainte sicilienne et l’oie de la Saint-Martin tient son nom d’un évêque franc, mais cela ne diminue en rien le plaisir de la fête.

À la Saint-Jean, les Suédois se doivent d’être en plein air, qu’il pleuve ou qu’il vente. Photo : Peter Westrup/Image Bank Sweden
Dedans ou dehors ?
La plupart des célébrations traditionnelles se déroulent à la maison, en famille. La seule exception notable est la Saint-Jean, où les Suédois, qu’il vente ou qu’il pleuve, tiennent à être en plein air et à se rassembler pour saluer la venue de l’été. Mais il est vrai que la Saint-Jean est une fête fortement teintée de paganisme.
L’Église luthérienne voyait plutôt d’un mauvais œil les processions et festivités collectives, et compte tenu de la population clairsemée et du climat froid de la Suède, les célébrations ont été reléguées à l’intérieur, dans l’intimité familiale.
Mais les temps changent. Si celui qui visite la Suède en hiver peut trouver les rues bien désertes, l’impression est tout autre pour le visiteur de l’été. Les festivals et les fêtes de rue se multiplient un peu partout, les gens se réunissent pour écouter de la musique, festoyer et être ensemble.
En été, toute une série d’assemblées de ménétriers sont organisées en province pour mettre à l’honneur la musique traditionnelle. Apparu en Suède au XVIIIe siècle, le violon n’a pas tardé à devenir l’instrument populaire par excellence.
La musique traditionnelle suédoise, souvent sur un rythme à trois temps, était jouée par un seul violon pour accompagner la danse. Cette culture musicale est restée très vivante et les assemblées de ménétriers attirent en général un grand public.
N’oubliez pas de dire « tack »
Beaucoup de couples choisissent de se marier en été, quand le temps permet de se rendre à l’église en calèche découverte, ou de célébrer leur union en toute simplicité sur un îlot de l’archipel.
Le mariage religieux reste la forme de cérémonie la plus courante bien que l’Église de Suède, qui était une Église d’État il y a quelques années encore, perde des fidèles et que les statistiques de fréquentation religieuse soient en baisse. La grande majorité des Suédois souhaitent aussi des obsèques religieuses.
Les enfants sont souvent baptisés selon le rite chrétien – on attend volontiers l’été pour le faire – même si les fêtes de baptême « maison » semblent avoir de plus en plus la faveur.
La confirmation reste assez pratiquée, mais le plus souvent sous la forme d’un camp d’été où l’étude de la Bible alterne avec diverses activités conviviales.
En voyant les jeunes choisir leur propre voie, les anciens ont tendance à déplorer la dissolution des normes. Le mariage, le baptême et la confirmation étaient autrefois des passages obligés vers l’âge adulte et la vie sociale. Maintenant, la plupart font ce qui leur plaît.
Les Suédois sont comme tout le monde ; le spectacle de la rue se fait de plus en plus continental, les us et coutumes sont toujours plus internationalisés. Celui qui est invité à dîner dans une famille suédoise n’a guère à craindre de commettre un impair. Il suffit de ne pas oublier de dire merci – tack ! Les Suédois n’arrêtent pas de le faire :
– Tu veux bien me passer le sel, s’il te plaît ? (Kan du skicka saltet, tack?)
– Voilà. (Varsågod.)
– Merci ! (Tack!)
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Po Tidholm, qui vit dans la province du Hälsingland, est journaliste indépendant et critique au quotidien Dagens Nyheter. Ses articles, souvent inspirés du Norrland, traitent de l’histoire de la culture, de la politique culturelle et des questions sociales. Il a également travaillé pour la télévision, comme reporter d’actualité et journaliste culturel. À la radio, il a été pendant plusieurs années présentateur de nuit. Po Tidholm est l’auteur des textes principaux sur la célébration des fêtes dans la Suède d’aujourd’hui.
Agneta Lilja est maître de conférences à l’institut des langues et cultures du Centre d’enseignement supérieur de Södertörn. Elle a soutenu une thèse de critique idéologique intitulée Föreställningen om den ideala uppteckningen (La représentation de la transcription idéale) sur les stratégies de collecte dans des archives spécialisées dans les traditions populaires. Ses recherches portent également sur l’étude de chansons et traditions festives ; elle a écrit notamment un ouvrage sur la Saint-Valentin et Halloween. Actuellement, elle se consacre à la recherche sur le genre. Elle écrit aussi des critiques et intervient dans les médias. Agneta Lilja a écrit les textes sur l’histoire des fêtes et traditions suédoises.
Les opinions exprimées dans cette version en ligne n’engagent que les auteurs.
Traduction : Lydie Rousseau
Copyright : 2004 Agneta Lilja, Po Tidholm et l’Institut suédois. Le présent texte est publié par l’Institut suédois sur www.sweden.se.