19 avr.. 2006
Comme leurs homologues de Londres et de Singapour, les automobilistes de Stockholm ont désormais à payer un péage pour accéder au centre-ville. L’intention est de réduire la congestion et d’améliorer l’environnement, et après quelques mois seulement, la différence est sensible.

Aux heures de pointe, les plaques d’immatriculation des véhicules sont photographiées au passage des points de contrôle à l’entrée de Stockholm. Photo : Mikael Ullén / Administration nationale des routes
Les embouteillages et la pollution atmosphérique ont amené la majorité politique à agir. L’année dernière, la municipalité de Stockholm a décidé de mettre à l’essai une « taxe de congestion », en améliorant en même temps les transports en commun. De 6h30 à 18h30, les automobilistes doivent payer pour entrer en ville ou en sortir. La taxe varie de 10 à 20 couronnes suédoises (SEK) (1,07 à 2,14 EUR) selon le moment de la journée, avec un plafond de 60 SEK par jour. Il n’y a pas de taxe en soirée et pendant les week-ends. On espère que les automobilistes seront plus nombreux à utiliser les transports en commun, ou alors qu’ils éviteront de circuler pendant les heures de pointe. En septembre, un référendum sera organisé en même temps que les élections générales pour décider si le péage urbain doit devenir permanent.
Au-delà des attentes
En janvier et février 2006, la densité de la circulation a baissé d’environ 20 pour cent à Stockholm et dans la périphérie, selon Birger Höök, chef de projet à l’Association routière suédoise. L’objectif fixé était de 10-15 pour cent. Jusqu’à présent, les résultats l’expérience ont dépassé les attentes.
Gunnar Söderholm, chef du secrétariat pour le péage urbain de Stockholm, ajoute : « Nous constatons aussi que la durée des trajets a fortement diminué, de moitié dans certains cas ». Söderholm et Höök soulignent tous deux qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions à long terme. La densité de la circulation varie au cours de l’année, elle augmente d’ordinaire au printemps, par exemple.

Le nouveau panneau qui signale les postes de péage aux entrées de Stockholm
Bon pour l’environnement
« On peut déjà voir une amélioration de l’environnement grâce à la diminution du nombre de voitures et à une circulation plus fluide. Mais les statistiques ne seront disponibles que dans le courant du printemps », indique Söderholm.
Le dispositif prévoit des exonérations pour les véhicules qui utilisent l’éthanol, l’électricité ou d’autres carburants écologiques. Les ventes de voitures écologiques sont actuellement en hausse en Suède, et en particulier à Stockholm. Les motos, les véhicules d’intervention, certains véhicules commerciaux et les voitures immatriculées à l’étranger sont également dispensés de péage.
Ruée sur les trains et les bus
Depuis la mise en place du péage urbain, les Stockholmois sont plus nombreux à choisir d’emprunter les transports en commun. Stockholm Transport (SL) fait état d’une augmentation de près de 10 pour cent du nombre de voyageurs, et tous les types de transport – métro, trains et autobus – enregistrent plus de passagers.
Erik Tedesjö, chef de projet à la Société des transports en commun de l’agglomération de Stockholm (SL), précise : « L’augmentation ne tient pas uniquement au péage urbain, elle est due aussi à l’amélioration du réseau ». Il cite les nouvelles lignes d’autobus qui ont été mises en service récemment et les fréquences de départs renforcées pour les trains.

De plus en plus de Stockholmois choisissent aujourd’hui les transports en commun au lieu de prendre leur voiture. Photo : Robert Blombäck / Connex
Revirement de l’opinion
Avant le lancement du projet, les politiques, les automobilistes et les Stockholmois y étaient en majeure partie hostiles. La population locale était clairement opposée au péage urbain. Mais l’opinion commence à évoluer. Söderholm note que beaucoup de gens semblent agréablement surpris.
« Il y a moitié moins de conducteurs qui pensent qu’il y a d’importants problèmes de circulation, 25 pour cent au lieu de 50 pour cent. La tendance est indiscutablement à une attitude plus positive. »
Vendredi soir. Peter Johanson attend son train à la gare centrale de Stockholm. Il habite au nord de la ville. « Aujourd’hui je prends le train, mais normalement je vais au travail en voiture. Le matin, je pars avant sept heures et demie et je n’ai donc rien à payer pour entrer en ville », explique-t-il, en soulignant qu’il y a maintenant plus de circulation à cette heure de la matinée. Dans la journée, il utilise une voiture de fonction. Il a l’impression qu’il est devenu plus facile de se garer dans le centre-ville, et il s'en réjouit.
Mais tout le monde n’est pas content. Sur le même quai, Rosmarie Berglund prend tous les jours le train de banlieue pour aller au travail. Elle n’a pas changé ses habitudes, mais elle trouve que les trains sont maintenant surchargés et que les transports en commun ne suffisent pas à la demande créée par le péage.
Beaucoup d’îles, moins de postes de péage
Stockholm est presque entièrement entourée d’eau. Par rapport à d’autres villes, il faut donc nettement moins de postes de péage.
« Londres compte 200 voies d’accès au centre-ville. À Stockholm, il y en a 18. C’est un fait qui a évidemment facilité la réalisation de l’expérience et allégé les coûts », dit Birger Höök, de l’Association routière suédoise.
Aux points de passage, plus d’une centaine de caméras lisent automatiquement les plaques d’immatriculation des voitures. Cette information est ensuite transmise, avec l’indication de l’heure, à une base de données centrale où le numéro du véhicule donne l’identité de son propriétaire. Le paiement s’effectue dans certains magasins, par Internet ou à la banque. Les voitures peuvent aussi être munies d’un transpondeur relié au compte bancaire du propriétaire, ce qui permet le prélèvement automatique de la taxe.
Quelques données : L’essai de Stockholm
Source : www.stockholmsforsoket.se
• La ville de Stockholm compte environ 800 000 habitants, à peu près 8,5 pour cent de la population suédoise.
• La zone concernée par la taxe de congestion est de 34,5 kilomètres carrés.
• 71 pour cent de ceux qui travaillent dans cette zone (227 000 personnes) viennent de l’extérieur.
• Les recettes du péage sont estimées à environ 75 millions de SEK (8 millions d’EUR) par mois.
• Le projet, dont le coût est estimé à environ 3,8 milliards de SEK, est financé par le gouvernement.
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Fredrik J M Andersson, diplômé en économie, fait actuellement des études de journalisme à plein temps. Il écrit entre autres pour la revue professionnelle Travel News.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction: Lydie Rousseau
Classification: A136FR
© Photos:
Photo 1: Mikael Ullén / Vägverket
Photo 2: Photo: Robert Blombäck / Connex
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