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août 7, 2009

Les Suédois et l’UE : les relations s’améliorent

par : Anna Sandelin
Le 1er juillet 2009, la Suède a pris la présidence de l’Union européenne. Face à des défis majeurs tels que la crise financière et le changement climatique, le Premier ministre Fredrik Reinfeldt a le soutien d’une population plutôt favorable à l’UE. Nous avons demandé à quelques Suédois ce qu’ils pensent de l’UE.

Tsegaye Mengistu, 42 ans, souligne l’importance de l’Union comme facteur de paix. Sa vision optimiste est au diapason de l’été ensoleillé dont il profite avec sa femme.
Tsegaye Mengistu, 42 ans, souligne l’importance de l’Union comme facteur de paix. Sa vision optimiste est au diapason de l’été ensoleillé dont il profite avec sa femme. Photo : Rikard Lagerberg

Le dernier sondage Eurobaromètre montre que près de 60 pour cent des Suédois pensent que l’UE est « une bonne chose ». Europhile convaincu, Tsegaye Mengistu est de ce nombre. Il explique pourquoi :

« On peut travailler partout en Europe, prendre des décisions communes pour l’environnement et la prévention de la criminalité. Les menaces militaires disparaissent entre nos pays ; l’UE, c’est toujours plus de fraternité, et beaucoup de portes qui s’ouvrent — au plan politique, économique et social. »

Le sondage montre aussi qu’il n’y a désormais plus que 18 pour cent de Suédois pour penser que l’UE est « une mauvaise chose ». Malgré cela, seulement 43,8 pour cent sont allés voter en juin pour l’élection du Parlement européen.

Les opinions changent

Historiquement, l’opinion suédoise a été à la fois divisée et fluctuante au sujet de l’Union européenne. Vers 1970, un tiers de la population était pour et à peu près autant contre. À mesure que le débat sur la coopération européenne a pris de l’ampleur dans les années 1980, le soutien à l’adhésion est passé d’un petit 20 pour cent en 1987 à 60 pour cent en 1990.

La Suède est longtemps restée en dehors de l’UE, mais la fin de la guerre froide et la crise économique des premières années 1990 ont changé la donne et en 1991, elle a posé sa candidature à l’adhésion. Cependant, le passage au crible entrepris ensuite par les médias semble avoir eu un effet négatif. En 1992, les adversaires de l’Union l’emportaient en nombre sur ses partisans.

En 1994, à l’issue d’un scrutin à suspense, le référendum sur l’adhésion s’est soldé par 52 pour cent de oui contre 47 pour cent de non. Dix ans plus tard, les Suédois étaient toujours parmi les citoyens européens les plus négatifs.

Anna Gillinger, 40 ans, a le sentiment que les Suédois n’ont pas grand-chose à dire dans l’UE.
Anna Gillinger, 40 ans, a le sentiment que les Suédois n’ont pas grand-chose à dire dans l’UE. Photo : Rikard Lagerberg

Ce regain de sympathie est donc assez récent — mais tangible. Pourtant, beaucoup sont encore loin d’être convaincus. Anna Gillinger regrette de voir la démocratie s’éloigner du quotidien des gens.

« J’ai voté pour un parti eurosceptique », reconnaît-elle. « Je ne peux vraiment pas m’identifier avec les autres pays de l’UE ou leurs gouvernements — la droite chrétienne est parmi ce que je déteste le plus. »

Elle trouve du reste que l’influence de la Suède sur la politique européenne est négligeable. Sur ce point, elle n’est pas en accord avec la majorité : plus de huit personnes sur dix pensent que la voix de la Suède compte dans l’UE.

Et cette voix, que voulons-nous en faire ? Les Suédois considèrent l’environnement, la prévention de la criminalité et le terrorisme comme les principales questions à traiter au niveau européen. Pour ce qui est de la santé, de la protection sociale et de l’économie, ils préfèrent voir leur propre gouvernement s’en occuper.

Une sympathie mitigée

Jaqueline Francois pense que l’Union devrait se concentrer sur la lutte contre la criminalité, en particulier la traite des êtres humains, et sur l’action contre le changement climatique. Sans être une adepte enthousiaste, elle est modérément favorable à l’UE et s’intéresse peu aux affaires européennes.

Jacqueline Francois, 28 ans, pense que l’UE devrait se concentrer sur la lutte contre la criminalité et le changement climatique.
Jacqueline Francois, 28 ans, pense que l’UE devrait se concentrer sur la lutte contre la criminalité et le changement climatique.
Photo : Rikard Lagerberg

En cela, Jacqueline Francois est assez représentative : selon l’Eurobaromètre, les sentiments de la plupart des Suédois envers l’UE sont plutôt tièdes. Beaucoup sont neutres ou « plutôt favorables », peu sont « très favorables » ou « très défavorables ». Quant aux chances qu’elle a d’infléchir les décisions prises dans l’UE, Jacqueline est sceptique. « J’espère que c’est possible d’avoir une influence … mais j’ai l’impression qu’ils s’en passent très bien », dit-elle.

Questions cruciales

Tout comme Anna Gillinger, Gustav Wessén est contre l’appartenance à l’UE. Il pense que l’UE est inefficace et couvre trop de niveaux d’administration : « Il vaudrait mieux avoir une démocratie directe, des possibilités de participer à toutes les décisions politiques. »

Gustav Wessén, 27 ans, dit non merci à l’UE et préférerait une démocratie directe. Le fils suivra-t-il les traces de son père ?
Gustav Wessén, 27 ans, dit non merci à l’UE et préférerait une démocratie directe. Le fils suivra-t-il les traces de son père ?
Photo : Rikard Lagerberg

Les choses étant ce qu’elles sont, Wessén continue d’espérer que l’UE usera de son influence pour stopper le réchauffement de la planète, mais il n’en est pas trop sûr.

Åsa Bonnevier, 43 ans, est plus optimiste. Elle trouve que le programme du gouvernement pour la présidence est ambitieux. « Mais il faut être réaliste aussi, parce que nous sommes en pleine crise financière », ajoute-t-elle. « Et il faudrait réduire les subventions agricoles. C’est de l’argent qui pourrait servir à autre chose. »

Globalement, Åsa Bonnevier est pour l’UE : « Je crois à l’idée d’une Europe unie, où nous gérons ensemble les grandes questions : l’environnement, l’emploi. De plus, je pense que nous devrions adopter l’euro. »

Perspectives d’avenirs

Alors, les Suédois vont-t-ils continuer à se rapprocher de l’UE ? Sören Holmberg, professeur à l’université de Göteborg et spécialiste des questions électorales, est d’avis qu’une bonne gestion européenne de la crise financière sera déterminante pour que l’opinion continue d’évoluer favorablement.

Une présidence suédoise forte pourrait aussi rallier des sympathies — c’est du moins ce qui s’est passé après la présidence suédoise de l’Union en 2001. Mais d’un autre côté, l’agenda européen n’était alors pas tout à fait aussi sombre qu’aujourd’hui.


Anna Sandelin

Anna Sandelin, journaliste indépendante basée à Stockholm, attend avec beaucoup d’intérêt de voir comment le gouvernement suédois va gérer la présidence de l’Union, mais ne l’envie pas trop d’avoir à relever cet immense défi.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur.

Traduction : Lydie Rousseau


 

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