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10 oct.. 2006

Les Suédois sont-ils en voie
de perdre leur religion ?

par : Charlotte Celsing, auteur indépendante
Depuis le 2 septembre, la Suède a un nouvel archevêque. Mais combien s’en soucient, en fait ? Trois Suédois sur dix seulement disent avoir confiance en l’Église. Les Suédois ne s’intéressent-ils donc pas à la religion ?

Tolérance et respect sont sans doute des valeurs que la plupart des Suédois ont plus à cœur que la religion, mais pour certains, l’Église continue de jouer un rôle important. Photo : Jim Elfström/IKON
Tolérance et respect sont sans doute des valeurs que la plupart des Suédois ont plus à cœur que la religion, mais pour certains, l’Église continue de jouer un rôle important. Photo : Jim Elfström/IKON

Les Suédois se caractérisent globalement par leur adhésion aux valeurs de la liberté et ils placent très haut l’honnêteté, la tolérance, la confiance et le respect de l’autre, d’après une étude réalisée par l’université d’Uppsala.

L’étude montre que la Suède est aussi le pays du monde qui accorde le plus ferme soutien à la démocratie comme mode de gouvernement. En revanche, on y manifeste peu d’attachement aux valeurs liées à la religion, à la famille et à l’identité nationale. Ce qui ne veut pas dire que les Suédois manquent de foi.

Les jeunes sont ouverts à la spiritualité

Étudiante en théologie, Annika Gustafsson a fait au cours de ses études des stages dans des paroisses et des camps de préparation à la confirmation. Elle affirme que presque tous les jeunes qu’elle rencontre sont ouverts aux questions de la religion et de la spiritualité, même s’ils sont parfois sceptiques en ce qui concerne les institutions ecclésiastiques.

Tolérance et respect sont sans doute des valeurs que la plupart des Suédois ont plus à cœur que la religion, mais pour certains, l’Église continue de jouer un rôle important. Photo : Jim Elfström/IKON
Beaucoup de Suédois disent qu’ils n’attachent pas tellement d’importance à la religion. Pourtant, près de 40 pour cent des jeunes de 15 ans choisissent de faire leur confirmation. Photo : Jim Elfström/IKON

« Certains jeunes disent qu’il n’y a que les vieux pour aller à l’église », note Annika Gustafsson. « Mais il existe une foi et une aspiration à la spiritualité. C’est le langage et la forme qui peuvent sembler déroutants plutôt que le fond. Aucun de ceux que je rencontre ne conteste le message d’amour, de compassion pour autrui et de pardon. »

Un nouveau rôle pour la religion

La religion n’a pas perdu son importance dans la société suédoise, mais elle a changé de ton, constate un rapport de l’Académie d’Åbo, Finlande. Dans les pays nordiques sécularisés, L’Église protestante luthérienne doit être libérale et ouverte à une interprétation moderne du message chrétien, faute de quoi elle est jugée trop autoritaire – une attitude que la plupart des Suédois n’acceptent pas.

La plupart des enfants sont baptisés à l’Église de Suède. Photo : Jim Elfström/IKON
La plupart des enfants sont baptisés à l’Église de Suède. Photo : Jim Elfström/IKON

Agnar Hall, économiste, est comme beaucoup d’autres Suédois : ses contacts avec l’Église se limitent aux baptêmes, confirmations, mariages et enterrements.
« L’arrivée d’un nouvel archevêque n’a aucun effet sur ma vie de tous les jours », dit-il, mais il ajoute que cela aura évidemment des conséquences pour l’évolution de l’Église de Suède.

Agnar Hall pense que si l’Église n’a plus de prise sur la vie quotidienne des Suédois, elle continue malgré tout de remplir une fonction. Quand on se trouve face à une tragédie majeure comme le tsunami par exemple, alors qu’on se pose tant de questions et qu’il n’y a pas de réponses simples, on a besoin de quelque chose à quoi se raccrocher.

L’Église de Suède perd de plus en plus de fidèles

Dans les années 1970, il y avait près de deux fois plus de personnes baptisées, confirmées et mariées qu’aujourd’hui. Et l’Église de Suède perd des fidèles. Une explication possible est que ceux qui quittent l’Église de Suède n’ont pas à payer l’impôt ecclésiastique. Une autre explication pourrait être que le christianisme n’est plus enseigné en tant que tel à l’école, ce qui fait que les jeunes ne connaissent plus le message biblique et peuvent difficilement nouer des liens avec l’Église.

Pourtant, beaucoup de Suédois manifestent une aspiration à une dimension spirituelle et cherchent un sens plus profond à leur vie. La société moderne a laissé un vide que ni la science ni l’amélioration du niveau de vie ne peuvent combler.

L’islam est une religion qui progresse en Suède. Cette mosquée de Stockholm a été ouverte en 2000. Photo : Maskot
L’islam est une religion qui progresse en Suède. Cette mosquée de Stockholm a été ouverte en 2000. Photo : Maskot 

Ceux que l’Église de Suède échoue à retenir se tournent vers d’autres alternatives. Les Églises libres – dont la plus importante est le mouvement pentecôtiste avec environ 87 000 membres – en sont un exemple, mais aussi diverses religions orientales comme le bouddhisme ou l’hindouisme.

Par suite de l’immigration, l’islam est devenu la deuxième religion de Suède après le christianisme. Un certain nombre de mosquées ont déjà été construites en différents points de Suède, et d’autres sont en projet.

Pour ce qui est de la chrétienté, l’Église catholique est également importante en Suède. Elle compte aujourd’hui au total 80 500 membres enregistrés.

L’Église comme contrepoids

Le précédent archevêque, KG Hammar, était une personnalité controversée et très médiatique. Souvent jugé radical et provocateur en raison de ses multiples efforts de rénovation, il suscitait aussi de nombreuses sympathies, en particulier parmi les universitaires et les intellectuels. Mais il n’a jamais réussi à attirer plus de visiteurs.

Anders Wejryd, auparavant évêque du diocèse de Växjö, est le soixante-neuvième archevêque de l’Église de Suède. Après la séparation de l’Église et de l’État en 2000, il est le premier à avoir été désigné par l’Église elle-même. Jusqu’alors, les évêques étaient nommés par le gouvernement.

Avant son élection, Wejryd avait mis l’accent sur deux questions : la nécessité pour l’Église de Suède de s’engager davantage pour les défavorisés, en Suède et dans le monde, et l’idée que l’expérience chrétienne peut agir comme un contrepoids aux angoisses et aux exigences que suscite la société d’aujourd’hui. Il reste à voir si les Suédois l’entendront.

Faits et chiffres

  • Près de 8 Suédois sur 10 sont membres de l’Église de Suède - 7 millions.
  • Seulement 1 Suédois sur 10 pense que la religion est importante dans la vie quotidienne.
  • Environ 7 Suédois sur 10 sont baptisés selon le rite de l’Église de Suède.
  • Un peu plus de 5 mariages sur 10 sont des mariages religieux.
  • Près de 9 Suédois sur 10 ont des obsèques religieuses.
  • L’islam compte environ 130 000 adeptes en Suède (plus selon des sources musulmanes).


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Charlotte Celsing, journaliste indépendante, est titulaire d’une maîtrise en anthropologie culturelle et littérature. Elle a vécu et travaillé en Indonésie, aux Fidji et en Australie. Elle écrit actuellement pour la presse quotidienne et pour des publications mensuelles, et elle a récemment publié son premier livre.

Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.

Traduction : Lydie Rousseau

Classification : A159FR

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