Une approche révolutionnaire de la sécurité routière a permis de réduire appréciablement le nombre de morts et de blessés graves sur les routes suédoises. Dix ans après son lancement, l’idée de la vision zéro a été reprise dans divers pays du monde.

Une forte sensibilisation à la sécurité routière a fait baisser le nombre de tués sur les routes suédoises. Photo : Emma Nilsson
Environ 1,4 million de personnes meurent chaque année dans le monde par suite d’accidents de la route, ce qui en fait la neuvième cause de décès. Bien que la Suède soit un des pays où il y a le moins de risque de mourir sur la route, la nouvelle approche est de considérer que même ce chiffre peu élevé est inacceptable.
Tolérance zéro
L’idée de principe de la vision zéro est celle-ci : il n’est pas tolérable qu’il y ait des morts et des blessés graves sur les routes. Jusqu’à une époque récente, les accidents et les tués sur la route étaient vus comme une fatalité qu’il fallait accepter au nom de la mobilité des personnes.
La Suède a toujours été à l’avant-garde de la sécurité routière – elle a été l’un des premiers pays à rendre obligatoire la ceinture de sécurité sur les sièges avant et arrière – mais les résultats n’en sont pas moins frappants. Les glissières de sécurité centrales ont réduit de 80 pour cent les collisions frontales, l’abaissement des vitesses maximales autorisées dans les agglomérations a réduit de 50 pour cent les accidents corporels pour les cyclistes et les piétons, et une nouvelle loi rendant obligatoire le port du casque pour les moins de 15 ans devrait encore faire baisser ce chiffre.
Il y aura toujours des accidents
Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière à l’Administration nationale des routes (Vägverket), est connu pour être le père de la vision zéro. « Ce n’est pas que nous ayons intentionnellement tué des gens dans le secteur des transports, mais la sécurité n’était pas notre préoccupation majeure », dit-il.
La clé de la vision zéro est l’idée radicale de faire porter la responsabilité des accidents non plus aux usagers de la route, mais aux concepteurs du système de transport routier. « Il y a deux siècles, on disait que les maladies étaient dues à l’immoralité et au mépris des commande-ments de Dieu, et on pense encore plus ou moins de même pour les accidents », affirme Tingvall. « Nous avons compris maintenant que les maladies sont causées par des microbes et des virus. Mais les accidents et les blessures, on continue dans une grande mesure à les attribuer à l’inconscience ou à l’irresponsabilité des victimes. »

Claes Tingvall s’est fait un nom comme promoteur de la Vision Zéro en Suède. Photo : Hasse Eriksson
La vision zéro consiste à admettre qu’il y aura toujours des accidents, et donc que le mieux à faire est d’en limiter autant que possible les conséquences : ralentir la circulation, redessiner les croisements, installer des rails de sécurité, éliminer les obstacles rigides tels que les arbres et les rochers le long des routes.
La sécurité par la technologie
L’industrie automobile suédoise a joué elle aussi son rôle dans la réduction des accidents. Les deux grands constructeurs suédois, Volvo et Saab, ont une solide réputation dans le domaine de la sécurité. C’est un ingénieur de Volvo, Nils Bohlin, qui a déposé en 1958 le brevet de la ceinture à trois points, et dès l’année suivante, Volvo a été le premier constructeur automobile du monde à en équiper toutes ses voitures. Ingrid Skogsmo, directrice du Centre de sécurité de Volvo Cars, explique : « Pour faire baisser le nombre de victimes, il faut agir à la fois sur les personnes, les véhicules et l’infrastructure, et notre rôle à nous est de fournir des véhicules sûrs. »
À Göteborg, l’équipe d’Ingrid Skogsmo travaille sur toute une gamme de technologies avancées pour prévenir les accidents. L’une d’elles est le freinage automatique.
« Dans notre Volvo S80, nous avons un avertisseur de collision avec aide au freinage », dit-elle. « Un radar monté dans la calandre surveille la distance par rapport à la voiture qui précède. Si vous vous rapprochez trop, il y a un signal sonore et un voyant qui clignote sur le pare-brise. En même temps, les plaquettes de frein se rapprochent des roues pour ne pas perdre de temps une fois que le conducteur réagit. »

Somnolence au volant ? Le suédois Volvo a mis au point un système de radar optique qui aide les conducteurs à éviter les collisions à basse vitesse. Illustration : Volvo
D’autres technologies en cours de développement dans les laboratoires suédois sont entre autres des éthylomètres antidémarrage extrêmement sensibles, des systèmes de vision nocturnes analogues à ceux qu’on utilise dans l’armée et un régulateur de vitesse modulable pour maintenir une distance de sécurité entre les véhicules.
« Hystérique »
Tingvall dit que la réaction internationale à la vision zéro a été « quasiment hystérique ». « L’intérêt est énorme. Nous essayons de coopérer aussi bien avec des pays qui ont une excellente sécurité routière qu’avec d’autres – par exemple la Chine qui est actuellement aux prises avec un sérieux problème par suite de sa croissance économique et de la multiplication des voitures ».
Le professeur John Whitelegg, expert en transport au SEI York, le centre de l’Institut de Stockholm pour l’environne-ment à l’université de York (Angleterre), se bat pour qu’une politique similaire soit adoptée au Royaume-Uni. Il pense que s’il y réussissait – mais il n’y croit pas trop – il serait possible de ramener le nombre de tués sur les routes d’environ 3 000 actuellement à près de zéro d’ici à 20-25 ans.
« À l’époque où nous avons présenté la vision zéro, personne n’aurait imaginé un instant qu’on puisse envisager de ramener le nombre de tués et de blessés graves à zéro ou presque » dit Whitelegg. « Mais c’est un succès remarquable pour la Suède et l’idée continue de faire son chemin dans le monde. »
La vision zéro ne sera peut-être pas reprise au Royaume-Uni, mais elle a été adoptée de la Norvège à l’Australie, et l’obsession sécuritaire de la Suède permet aujourd’hui d’épargner des vies partout dans le monde.
Faits et chiffres
Accidents de la route mortels en Suède :
1997 : 541
1998 : 531
1999 : 580
2000 : 591
2001 : 554
2002 : 532
2003 : 529
2004 : 480
2005 : 440
2006 : 431
Accidents de la route mortels dans le monde en 2005 (tués pour 100 000 véhicules :
Australie 11,8
Belgique 22,3
Canada 14,3
France 14,3
Irlande 17,3
Japon 9,8
Norvège 7,6
Pologne 32,4
Suède 8,6
Royaume-Uni 10,2
États-Unis 18,5
Source : Administration nationale des routes/OCDE
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David Wiles, rédacteur du magazine Sweden Today, est l’heureux propriétaire d’une voiture construite en Suède et bourrée de systèmes de sécurité de conception suédoise. Un dispositif qui l’aiderait à garder ses distances par rapport à la voiture qui précède serait apprécié de sa femme.
Les opinions exprimées dans le présent article n’engagent que l’auteur.
Traduction : Lydie Rousseau
Classification : A190FR
© Photo 1 : Emma Nilsson
© Photo 2 : Hasse Eriksson
© Ilustration : Volvo
Liens apparentés
- www.vv.se – Administration nationale des routes (Vägverket)
- www.sei.se – SEI, site de l’Institut de Stockholm pour l’environnement, avec des précisions sur la vision zéro
(en anglais seulement) - www.ntf.se – NTF, Association nationale de la sécurité routière (en anglais seulement)
- www.vti.se – VTI, Institut national suédois de recherche sur les infrastructures routières et les transports (en anglais seulement)
- www.esafetysupport.org – eSafety Support, projet financé par la Commission européenne (en anglais seulement)
- www.euroncap.com – Programme européen d’évaluation des nouveaux modèles de voitures, EuroNCAP (en anglais seulement)
- www.grsproadsafety.org – Partenariat mondial pour la sécurité routière (en anglais seulement)
Publications apparentées
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