À l’heure où la tourmente économique mondiale et les suppressions d’emplois dominent partout l’actualité, le gouvernement suédois assouplit la réglementation de l’immigration de main-d’œuvre. C’est la réforme la plus importante depuis 40 ans.

En assouplissant sa réglementation de l’immigration de main-d’œuvre, la Suède ouvre la porte à des travailleurs qualifiés du monde entier.
Photo : Henrik Trygg
Il est désormais plus facile pour les ressortissants de tous les pays — et pas seulement de l’Union européenne — d’obtenir un permis de travail en Suède. Depuis que la nouvelle réglementation du travail est entrée en application le 15 décembre 2008, une grande partie des formalités administratives entourant les permis de travail ont été éliminées.
Combler le déficit de qualifications
Alors que la Suède et le reste du monde sont confrontés aux incertitudes économiques et aux turbulences financières, le moment peut sembler mal choisi pour ouvrir la porte à plus de travailleurs migrants. Mais Tobias Billström, ministre des migrations et de la politique d’asile, n’est pas de cet avis : « Nous sommes en pointe dans ce domaine et cette action vient à son heure. C’est une bonne chose de savoir que nous avons déjà eu ce débat sur l’immigration de main-d’œuvre, alors que dans bien des pays il n’a même pas commencé. La concurrence pour la main-d’œuvre va se durcir dans l’avenir, et quand l’économie redémarrera, nous serons en meilleure position grâce à la nouvelle réglementation. »
Beaucoup d’entreprises suédoises ont de plus en plus de mal à trouver des gens qui ont les qualifications voulues. Même en ces temps de ralentissement économique, la Suède connaît une pénurie de personnel qualifié tel qu’ingénieurs, informaticiens, soudeurs, techniciens et personnel de santé, particulièrement en dehors des centres industriels.
Au fur et à mesure des départs en retraite d’une main-d’œuvre vieillissante, le gouvernement s’attend à de nouvelles pénuries de personnel d’ici à 2011.
Facilités pour les étudiants
La nouvelle réglementation donne aux employeurs qui ne trouvent pas ce qu’il leur faut en Suède, dans d’autres pays de l’UE/Espace économique européen ou en Suisse, la possibilité de recruter ailleurs. Elle facilite l’entrée de travailleurs migrants d’autres régions du monde — et pour les employeurs, l’accès à un personnel qui répond à leurs besoins.
Ce nouveau régime est axé sur la demande car contrairement à beaucoup d’autres pays, la Suède ne croit pas à un système de points ou de quotas. Autrement dit, les employeurs sont libres d’embaucher tout candidat qu’ils jugent convenir au poste concerné.
Pour les étudiants étrangers, la réforme implique en outre qu’ils ne sont plus obligés de rentrer dans leur pays pour faire une demande de permis de travail, comme c’était le cas auparavant.
Billström constate que l’ancienne réglementation était trop contraignante pour les étudiants, qui tendaient à ne pas revenir :
« C’était une erreur de les laisser faire des études en Suède et acquérir des compétences pour ensuite les amener à partir. Les nouvelles dispositions ont changé cela. »

Tobias Billström, ministre des migrations et de la politique d’asile :
« Tous ceux qui veulent travailler sont les bienvenus ici. »
Photo : Christian Örnberg/Scanpix
Bienvenue aux familles
Les règles concernant les permis de travail ont également été élargies. Des permis temporaires peuvent maintenant être délivrés pour la durée de l’emploi ou deux ans au plus. Après quatre ans, les travailleurs peuvent demander un permis de séjour permanent.
Les familles sont les bienvenues, et les conjoints des travailleurs sont encouragés à chercher aussi du travail. Ce n’est pas toujours le cas dans les autres pays, mais le gouvernement suédois pense que c’est une bonne idée, note le ministre.
« Le système devrait être aussi libéral que possible », dit-il. « Nous laissons au marché du travail le soin de décider des qualifications requises — en effet, qui peut savoir quelles sont les compétences nécessaires, si ce n’est l’employeur ? Dès lors qu’il offre les salaires, la protection sociale et les conditions d’emploi que prévoient les conventions collectives, l’employeur est libre de faire venir qui il veut. »
Un mois après l’entrée en vigueur de la réforme, l’Office national des migrations (Migrationsverket) avait reçu plus de mille demandes. Sur les 512 demandes examinées jusqu’à présent, 419 candidats ont obtenu un permis de travail. Le groupe le plus important de candidats reçus venait d’Inde, la Chine était en deuxième place.

Air pur, beauté de la nature et société ouverte, la Suède est un pays où il fait bon vivre et travailler. Photo : Erik Hjertén
Pourquoi la Suède ?
À part les possibilités d’emploi, il y a toutes sortes de bonnes raisons de venir en Suède. Billström cite entre autres l’air pur, la beauté de la nature, le faible niveau de corruption (9,3)* et une société ouverte et bien organisée.
La langue pourrait apparaître comme un obstacle pour vivre en Suède, mais l’anglais est largement pratiqué. Et même s’il est toujours utile de savoir la langue, ce n’est pas une obligation. Il n’y a ni critères de connaissance du suédois ni tests de langue pour pouvoir immigrer en Suède.
Comme le dit Tobias Billström : « Tous ceux qui veulent travailler sont les bienvenus ici. »
*La Suède, le Danemark et la Nouvelle Zélande sont les pays les mieux classés dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International (2008), avec 9,3 point sur 10.
www.transparency.org
Les conditions pour l’octroi du permis de travail
Pour venir travailler en Suède, il faut justifier d’une offre d’embauche d’un employeur suédois. Les autres conditions requises pour obtenir un permis sont les suivantes :
- Un passeport valide.
- Un salaire suffisant pour subvenir à ses besoins.
- Des conditions d’emploi équivalentes à celles stipulées par une convention collective suédoise ou à celles qui sont d’usage dans la profession ou la branche.
- Le syndicat concerné doit avoir la possibilité de donner son avis sur les conditions d’emploi.
- Le poste vacant doit avoir été publié en Suède et dans l’UE.
Cari Simmons
Cari Simmons, qui est canadienne, a une certaine expérience de la bureaucratie liée à l’immigration. Elle salue l’approche pragmatique des migrations de main-d’œuvre adoptée par le gouvernement suédois et espère qu’elle s’avérera efficace.
Traduction : Lydie Rousseau
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Classification : A289FR
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