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L’importance de commencer tôt

par Karin Alfredsson

Les éducateurs de l’école maternelle des Myrtilles se filment entre eux pour mieux prendre conscience de leur propre comportement. Ils participent à un projet financé par la Délégation nationale pour l’égalité des chances à l’école maternelle.

Gender equality in Swedish school. Photo: www.imagebank.sweden.se: Felix Oppenheim / Bildhuset
Photo: www.imagebank.sweden.se: Felix Oppenheim / Bildhuset

L’école maternelle suédoise, destinée aux enfants de 1 à 6 ans, a été dotée en 1998 d’un programme d’enseignement qui, entre autres, donne pour mission à l’école de lutter contre les rôles sexuels conventionnels parmi les enfants. « Ce n’est pas une tâche à prendre ou à laisser pour les éducateurs », souligne Tomas Wetterberg, secrétaire principal de la Délégation. « Les programmes sont faits pour être appliqués. »

L’égalité des chances à l’école

L’objectif de l’égalité des chances est désormais intégré à tous les stades de l’école suédoise. En 1980, il avait été inscrit dans les programmes de l’école de base (7–16 ans) et du lycée (16–19 ans), mais dès 1969, il était stipulé que l’école « se doit » de lutter contre les rôles sexuels traditionnels – c’est donc un thème qui est à l’ordre du jour depuis longtemps.

À l’école maternelle des Myrtilles, une discussion s’est engagée sur le point de savoir comment on s’acquittait de cette tâche dans la pratique. Parmi le personnel, certains pensaient qu’on s’en tirait plutôt bien – « nous traitons les garçons et les filles de la même façon et nous encourageons les garçons à jouer à la poupée » – mais d’autres sentaient qu’ils pouvaient difficilement juger de leur propre travail. C’est là qu’intervient le caméscope.

Quand les éducateurs, ensuite, regardent le film, ils constatent qu’en réalité, ils ne traitent pas les garçons et les filles de la même façon. Ils aident les filles à développer leur motricité fine, ils leur parlent beaucoup, ce qui leur permet de développer leur verbalisation. D’un autre côté, ils ont tendance à laisser les garçons interrompre et occuper le terrain. Dans leur communication avec les garçons, les éducateurs utilisent souvent moins de mots et se limitent plus à donner des instructions. Les garçons sont beaucoup moins incités à développer leur motricité fine et leur capacité verbale, mais ils apprennent qu’ils ont le droit de se servir. Et les filles apprennent à s’effacer.

Créer un espace de liberté

« Les écoles maternelles appliquent les programmes de différentes façons », constate Tomas Wetterberg. « Dans certaines maternelles, on sépare de temps en temps les filles et les garçons pour encourager les garçons à  "faire des choses de filles", coudre ou jouer à la poupée, et les filles à avoir des activités plus physiques, faire du saut ou jouer au ballon. D’autres écoles ont banni tous les jouets spécifiquement destinés à l’un des sexes, par exemple les voitures et les poupées. »

Mais pourquoi ? « L’idée est que les rôles sexuels sont inhibants. Que tous ces petits doivent avoir une chance de devenir des individus libres, de s’épanouir et de réaliser toutes leurs potentialités quel que soit leur sexe. La tâche de la maternelle est d’offrir aux enfants un espace de liberté où ils peuvent développer leur personnalité propre sans subir la pression des médias, des parents, des frères et sœurs ou de la publicité. »

Dans bien d’autres pays, ce serait une idée inconcevable de donner aux enfants une sorte d’espace protégé, à l’abri de l’influence de leurs propres parents. « Peut-être », répond Tomas Wetterberg, « mais la visée fondamentale qui sous-tend l’ensemble du système scolaire est de faire des enfants des êtres libres. L’école a pour mission d’éduquer des individus doués d’esprit critique et capables de remettre en cause l’ordre établi. Cette remise en cause doit pouvoir s’exercer même vis-à-vis des parents et de leurs valeurs. »

La ségrégation sexuelle commence tôt

Mais ce n’est pas facile. La conception de ce qu’il est normal et raisonnable d’attendre respectivement des garçons et des filles s’enracine dès le plus jeune âge. Une multitude d’études montrent qu’on accorde beaucoup plus d’attention aux garçons dans la salle de classe, on les interroge plus souvent, on les aide plus dans leur travail, ils peuvent se permettre de couper la parole aux filles et aux adultes.

Quand les élèves grandissent et peuvent commencer à choisir leurs orientations scolaires, leur choix continue de suivre les voies traditionnelles. Les filles se préparent aux professions soignantes, les garçons vont vers les filières technologiques. Cette ségrégation par sexe se reflète d’ailleurs dans l’école elle-même, qui est de plus en plus un lieu de travail pour les femmes, en particulier l’école maternelle. Il est difficile de recruter des hommes comme éducateurs de jeunes enfants – en partie parce qu’ils jugent les salaires insuffisants.

Données : Le lycée
(élèves de 16 à 19 ans) propose une série de filières pratiques et théoriques de trois ans

Filières du lycée comptant plus de 2/3 de filles :

  • Soins infirmiers
  • Artisanat
  • Enfance et loisirs
  • Esthétique
  • Alimentation

Filières du lycée comptant plus de 2/3 de garçons :

  • Électrotechnique
  • Bâtiment
  • Véhicules à moteur
  • Énergie
  • Technologie
  • Industrie

Enseignants de l’école de base : 74 % de femmes.
Chefs d'établissement à l’école de base : 64 % de femmes.
Enseignants du lycée : 48 % de femmes.
Chefs d'établissement au lycée : 39 % de femmes.


 

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